—Et il suffira de mon absence pour effacer de nouveau cet importun souvenir, n'est-ce pas?... Fort bien, je comprends votre silence. C'est une réponse comme une autre; mais heureusement, madame, je n'ai pas les mêmes facultés oblitatives: excusez ce barbarisme. Moi, je me souviens parfaitement que je suis votre mari, surtout en vous voyant si charmante; aussi je viens vous demander pardon de vous avoir négligée si longtemps....
—Il est inutile, monsieur, de me demander pardon d'un abandon que je ne ressens pas, que je n'ai pas ressenti...
—Sans doute; aussi mon excuse est-elle seulement un acquit de conscience, un moyen d'amener la grâce que je viens solliciter de vous...
—Je vous écoute, monsieur... Mais jusqu'ici vous parlez en énigmes.
—Vraiment,—dit-il en me jetant un regard d'une profonde méchanceté,—vraiment, je parle en énigmes? Eh bien, voici le mot de celle-ci: il m'est impossible de vivre plus longtemps sans vous... et je vous prie de mettre un terme à cette trop longue séparation. Je haussai les épaules de pitié sans dire mot.
—Vous croyez peut-être que je plaisante?
—Je n'ai rien à vous répondre, monsieur...
—Je vous dis, madame, que je vous parle sérieusement.
—Je vous dis, monsieur, que cet entretien a trop duré; il est incroyable que vous veniez chez moi me tenir de pareils discours...
—Chez vous?... comment, chez vous?—reprit-il avec un éclat de rire sardonique.—Ah çà! vous perdez donc la tête... Ce serait déjà beaucoup si, comme chef de notre communauté de biens, à titre universel, notez bien cela... à titre universel... je vous permettais de dire chez nous... car vous êtes ici chez moi.