—Mais, monsieur...

—Mais, madame, avez-vous lu le Code civil?... non, n'est-ce pas? Et bien, vous avez eu tort: car vous sauriez quels sont mes droits.

Je crus comprendre l'odieux but de cette visite; j'en rougis d'indignation.

—C'est de l'argent, sans doute, que vous voulez, monsieur?—lui dis-je avec un regard plein de mépris écrasant.

Il se leva vivement, les traits contractés par la colère.

—Madame, prenez garde...

—Et vous venez sans doute mettre à prix votre absence... Je regrette plus que jamais que vous m'ayez ruinée, monsieur... car il ne me reste malheureusement pas assez d'argent pour acheter de vous cette inestimable faveur...

—Ah! vous faites des épigrammes... malheureuse que vous êtes!—s'écria-t-il l'œil enflammé de rage et de haine,—mais vous ne savez donc pas que vous êtes dans ma dépendance? que je suis ici chez moi, que vous êtes ma femme, entendez-vous?... toujours ma femme! que je dispose de vous, que je puis faire de vous ce que bon me semble, que vous n'avez pas un mot à dire, que j'ai la loi pour moi, et que demain, qu'aujourd'hui je puis m'établir ici ou vous emmener chez moi!

—Je sais, monsieur, que vous voulez m'effrayer en me menaçant ainsi, et certes la menace est bien choisie; il y aurait de quoi mourir d'effroi à cette pensée, que je pourrais être condamnée à vivre auprès de vous; mais vous ne songez pas, monsieur, que le scandale de votre conduite a été tel, que vous avez perdu tous vos droits sur moi!

—Vraiment, j'ai perdu mes droits sur vous?