Jamais je ne me sentis l'esprit plus ferme, plus net, plus calme, plus décidé qu'après cette violente secousse; jamais je n'avais pris une détermination plus prompte.

Je ne m'aveuglai sur rien, je ne reculai devant aucune prévision si désolante qu'elle fût.

Je me supposai forcée d'habiter avec M. de Lancry jusqu'au moment de mon procès; j'étais sûre de supporter fermement cette épreuve, soutenue par la certitude du bonheur qui m'attendait ensuite.

J'allai plus loin, je supposai mon procès perdu, et M. de Lancry maître de mon sort.

Mais alors cette injustice était si flagrante, le jugement de la société, résumé par ce verdict, était d'une partialité si révoltante, que je ne me croyais plus tenue à aucun respect, à aucun devoir envers cette société si monstrueusement partiale... je confiais mon avenir et ma vie à la tendresse de M. de Rochegune.

Cela sans remords, cela sans crainte, cela à la face et sous l'invocation de Dieu, appelant du jugement des hommes à son tribunal suprême, dernier refuge, dernier espoir des opprimés.

Quoique je fusse bien certaine de ma résolution; autant pour m'engager irrévocablement envers M. de Rochegune que pour avoir son conseil et son appui dans des circonstances si graves, je lui écrivis ces mots à la hâte:

Revenez... revenez vite... mon tendre ami... cette fois ce sera pour toujours et à tout jamais à vous... ma vie vous appartient.

Je demandai Blondeau et lui dis:

—Tu vas aller à l'hôtel de Rochegune, tu remettras cette lettre à l'intendant, en lui disant de ma part de renvoyer à l'instant à son maître par un courrier.