—Voyez quel mal vous me faites en me disant cela... Je vous assure que je vous aime... Ces mouvements... que je pouvais quelquefois réprimer en vous voyant, j'ai découvert ce que c'était...—et elle tâcha de sourire encore...
—Vraiment... Et qu'était-ce?...
—C'était l'instinct de mon cœur qui m'avertissait qu'à mon insu je vous avais causé quelque chagrin... Alors j'osais à peine m'approcher de vous, j'éprouvais comme un remords de ma faute; mais votre tendre bonté le faisait bien vite évanouir, et je me jetais dans vos bras.
Comment n'aurais-je pas été attendrie en entendant Emma s'efforcer d'interpréter ainsi cette jalousie qu'elle se reprochait, et dont elle ne pouvait s'expliquer la cause?...
—Vous me croyez, n'est-ce pas?—ajouta-t-elle...—Je vous jure que je ne vous hais pas... Au moment d'aller devant Dieu, je ne voudrais pas mentir.
—Vous parlez toujours de mourir, mon enfant... Heureusement il n'en est rien... Ne seriez-vous donc pas désolée de quitter ceux qui vous aiment, de quitter la vie?...
—Oh!... oui, je serais désolée de quitter madame de Richeville, vous; mais la vie... je ne la regrette pas.
—Et pourquoi cela?
—Parce que... sans raison... oh! sans aucune raison, je me sentais chaque jour plus malheureuse... Tout devenait sombre autour de moi... toutes mes pensées se brisaient contre un obstacle invisible.
—Mais avant d'être ainsi malheureuse?