CHAPITRE VII.

LE RENDEZ-VOUS.

Après cette lecture, qui m'initiait aux plus secrètes pensées d'Ursule, je restai un moment accablée... sans pouvoir continuer la lettre de M. Lugarto.

J'étais frappée de la sincérité, de la violence de la passion de ma cousine pour M. de Rochegune.

Était-ce bien la même femme qui dans les premières pages de ce journal avait écrit tant d'aveux cyniques et hardis?

Selon mon habitude d'exagérer toutes mes craintes, je ressentis cruellement plusieurs observations d'Ursule. Ce qu'elle disait de la salutaire influence de M. de Rochegune sur elle ne me parut que trop vrai. Peut-être s'intéresserait-il au changement merveilleux qu'il avait opéré en elle.

Et puis, si odieusement paradoxale que fût la comparaison que faisait Ursule en disant que j'avais aimé M. de Lancry, tandis qu'elle ne l'avait pas aimé, en disant qu'elle n'avait rien aimé avant de voir M. de Rochegune, je trouvais quelque réalité à ce raisonnement en me mettant au point de vue de ma cousine, qui jusqu'alors n'avait eu aucun principe et pour qui certaines fautes n'avaient pas existé, tant on avait pour ses devoirs de criminelle insouciance...

Mes anxiétés redoublèrent en songeant aux sentiments de défiance et de scepticisme que ma conduite avait dû inspirer à M. de Rochegune.

Après une telle déception, une lois dans un milieu d'idées pénibles et amères, ne serait-il pas accessible aux séductions d'Ursule? ne verrait-il pas dans une liaison avec elle une sorte de vengeance contre moi, qui le rendais si malheureux, une sorte de raillerie sanglante contre la destinée qui se jouait si cruellement de ses plus chères espérances?.....

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