—Sans doute, mon ami, cela est fatal; heureusement tout espoir n'est pas encore absolument perdu... Je ne vous avais fait entrevoir... et bien vaguement encore... cette hypothèse de mariage que dans le cas où il deviendrait la seule chance de salut d'Emma... ainsi que cela arrivera demain peut-être... Alors il me semble que pour vous... ce mariage serait presque un devoir.
—Un devoir?...
—Pour vous, dont l'âme est généreuse et grande... oui...
—Cela ne serait un devoir ni pour moi ni pour personne, Mathilde...—me dit-il avec une fermeté qui m'effraya.—Je déplore ce qui arrive, mais je n'y puis rien.
—Vous n'y pouvez rien, lorsque d'un mot?...
—Pour dire ce mot il faudrait aimer.
—Mais elle vous aime, elle!... mais elle se meurt! cette pensée ne peut-elle donc rien sur vous?
—Et qu'ai-je fait, moi, pour éveiller, pour encourager cet amour? Est-ce ma faute si l'imagination de cette malheureuse enfant s'est exaltée sans raison?
—Est-ce sa faute, à elle, si, vous voyant chaque jour, si, entendant chaque jour vos louanges, l'amour s'est peu à peu développé dans son cœur? N'y a-t-il pas de la cruauté à afficher une indifférence... que vous ne ressentez pas... non... non, car l'amour d'Emma doit vous enorgueillir...
—J'en serais fier... oui... j'en serais fier, si j'en étais digne.