—Ma mère!—s'écria-t-il,—ma mère est ici... mon Dieu... nous n'arriverons pas!... Ursule sera morte... vous verrez qu'elle sera morte...
—Mais comment avez-vous appris cette funeste nouvelle?
—Par une lettre... seulement quelques lignes d'elle.—Si je voulais la voir une dernière fois,—me disait-elle,—il fallait accourir à Paris... Ma mère... implacable... comme elle l'est toujours... Ah! ce cocher... quelle lenteur... elle sera morte!
—Hé bien, votre mère?—lui dis-je, pour tâcher de l'arracher à cette pénible préoccupation.
—Oh! ma mère!—reprit-il d'une voix brève, saccadée, dans une sorte de demi-délire effrayant,—oh! ma mère a tout de suite dit:—C'est une comédie qu'elle joue pour obtenir son pardon!—Une comédie!... Cette lettre sentait la mort!... Je ne m'y suis pas trompé, moi... Je suis accouru de Rouvray... ma mère m'a suivi... Une comédie!... Vous allez voir... si vous reconnaissez seulement sa pauvre figure mourante! Et puis les derniers vœux des mourants... c'est sacré... Ah! nous approchons... Pourvu qu'elle vive assez pour me pardonner ma dureté... non pas ma dureté... ma faiblesse... car c'est par faiblesse que j'ai cédé à la haine de ma mère contre elle. Et voilà ce qui arrive!... voilà ce qui arrive... Une pauvre créature fait une faute: au lieu d'être indulgent... au lieu d'être bon... au lieu de la ramener au bien à force de générosité... on la chasse comme une infâme... on la maudit... Alors elle... que voulez-vous?... elle s'exalte dans le mal, elle se perd tout à fait... Et puis un jour, comme au fond il lui est resté du cœur... un jour... les remords viennent, la vie lui est à charge... elle s'empoisonne... et alors on dit: Bah!... comédie... comédie!... Voilà ce qu'a fait ma mère par haine... voilà ce que j'ai fait par faiblesse.
—Mais les médecins, que pensent-ils?
—Les médecins?—ajouta-t-il avec ce sourire convulsif et cet air égaré qui m'effrayait,—les médecins... n'ont pas dit comme ma mère: C'est une comédie! Eux... ils ont dit...—C'est une femme morte... Alors j'ai crié à ma mère:—Eh bien! vous voilà contente... vous entendez... C'est une femme morte!... Ah!... nous voici arrivés... C'est ici!—s'écria-t-il.
La voiture s'arrêta.
M. Sécherin descendit précipitamment. Je le suivis en hâte.