Mon effroi avait augmenté avec les éclats de joie sauvage et féroce qui transportaient M. de Lancry.
Telle devait être la fin de son fatal amour...
Tels étaient les regrets que cette malheureuse femme devait laisser après elle...
Pendant quelque temps encore M. de Lancry marcha avec agitation, puis il s'arrêta devant moi.
—Et quel était le riche heureux... ou l'heureux riche qui vivait avec elle lorsqu'elle est morte?
—Elle est morte pauvre et abandonnée de tous, monsieur.
—C'est qu'elle a voulu être pauvre, car l'argent ne me manquait pas quand elle m'a quitté... Pourquoi, depuis notre séparation, m'a-t-elle écrit souvent pour me donner des rendez-vous... auxquels elle ne venait jamais? se dit mon mari en se parlant à lui-même. Puis il ajouta en s'adressant à moi, avec un sourire dédaigneux:
—Vous voulez sans doute faire l'ennemie généreuse pour rester fidèle à votre rôle de femme supérieure, de femme sublime... Eh bien! pour rendre votre générosité plus méritoire encore, je suis content de vous apprendre qu'Ursule vous haïssait si fort que c'est à son instigation que je vous ai ordonné de revenir chez moi.
—Le motif qui vous avait imposé cette obligation n'existant plus, monsieur, vous me permettrez sans doute maintenant de vivre seule... Si odieuse qu'elle fût, vous aviez au moins une raison pour me retenir près de vous, tandis que maintenant...
—Maintenant j'ai une autre raison de vous retenir,—me dit-il brusquement avec un sourire méchant.