—Elle y est entrée à midi vingt minutes.
—Suffit,—dit l'homme;—je m'en retourne à l'hôtel Meurice, où ils sont descendus ce matin à dix heures. Et il sortit.
Jean rentra précipitamment dans l'arrière-boutique.
Quand on connaît la curiosité féroce des habitués du café Lebœuf, quand on pense que depuis plusieurs mois cette curiosité était réduite au plus maigre régime, on se figure facilement de quelle fièvre dévorante durent être transportés les Godet et la troupe en voyant la mystérieuse intrigue qu'ils avaient crue terminée se renouer et se compliquer davantage par l'intérêt que semblaient y prendre les nouveaux possesseurs du café Lebœuf.
CHAPITRE XVIII.
L'HOTEL DE MARAN.
Pendant que les nouveaux propriétaires du café Lebœuf et ses anciens habitués ont les yeux attentivement fixés sur les portes de la maison habitée par M. de Rochegune, nous conduirons le lecteur à l'hôtel de Maran, toujours habité par la tante de madame de Lancry.
La nuit approchait. Une table abondamment et somptueusement servie était dressée au milieu d'une belle office parfaitement éclairée, avoisinant la grande salle à manger.
Servien, maître d'hôtel, présidait au dîner. Deux femmes de chambre, deux valets de pied, le cuisinier et deux ou trois de leurs connaissances, faisaient donc bonne et joyeuse chère aux dépens de mademoiselle de Maran, retenue depuis plusieurs mois dans son lit par une paralysie qui lui permettait à peine de remuer le bras gauche. Ainsi qu'on l'a vu dans les mémoires de madame de Lancry, mademoiselle du Maran, exécrée, abandonnée de tout le monde, était entièrement livrée à la merci de ses domestiques.