—A votre santé, monsieur Servien,—dit le cuisinier,—à tout seigneur tout honneur... Vous êtes plus ancien que nous dans la maison, vous!...

L'homme à la tache de vin se leva et dit d'un air singulièrement sardonique:

—A la santé de notre bonne maîtresse!... Puisse-t-elle vivre encore longtemps comme ça pour faire notre bonheur!...

Ce toast fut accueilli par les éclats de rire des convives.

—Tiens... ça me fait penser que j'ai oublié son potage au tapioka,—dit le cuisinier.—Ah bah!—reprit-il,—elle mangera de la soupe à la tortue... ça sera tout de même, et ça la changera; il en reste dans la soupière.

A ce moment, une sonnerie retentit bruyamment dans l'office.

Personne ne bougea.

—Bon! la voilà qui recommence son carillon de tout à l'heure; ça va être amusant,—dit mademoiselle Julie, la première femme de mademoiselle de Maran.

On sonna une seconde fois.

—C'est insupportable; je la croyais calmée,—dit mademoiselle Julie;—on ne peut pas dîner tranquille. Vous êtes aussi bien peu aimable, monsieur Servien! Vous nous promettez de casser une fois pour toutes le mouvement de ses sonnettes pour que nous ayons la paix, et vous n'y pensez pas...