M. de Brévannes était non seulement opiniâtre et égoïste, il était singulièrement vain; malgré la froideur, l'éloignement que madame de Hansfeld lui avait témoignés en Italie, il n'avait jamais désespéré de s'en faire aimer. Son duel funeste, en le forçant de la quitter, n'avait ni éteint son amour, ni ruiné ses espérances, et bien souvent il s'était dit que, sans sa fuite, devenue nécessaire par la rigueur des lois italiennes, il serait parvenu à intéresser Paula Monti par la violence, les excès même de son amour pour elle... et à lui faire oublier le nom de Raphaël, qui, après tout, l'avait provoqué.

La vanité est au moins aussi aveugle que l'amour.... M. de Brévannes était aussi vaniteux qu'amoureux; on concevra donc qu'il eût une lueur d'espoir en apprenant que la princesse avait été plus accablée qu'irritée à son aspect.... Ce qui lui donnait encore beaucoup à penser était cette circonstance:

Paula avait, ensuite de cette rencontre, longuement écrit dans un livre auquel elle confiait ses plus secrètes pensées....

Il s'agissait évidemment et de la mort de Raphaël et des circonstances qui l'avaient amenée.... Donc il devait être question de lui, de Brévannes.

Posséder ce livre, y surprendre les pensées les plus intimes de madame de Hansfeld, tel fut dès lors l'unique désir de M. de Brévannes; mais plus la satisfaction de ce désir était importante pour lui, plus il devait craindre d'en compromettre la réussite; il crut donc prudent et habile d'avoir l'air de n'attacher aucune importance à la révélation qu'Iris avait paru lui faire avec la naïveté d'un enfant.

La mulâtresse, surprise de son silence, lui dit:

—Eh bien! monsieur, à quoi songez-vous donc?

—A vous, Iris.... Encore une distraction....

—Comment, monsieur, malgré vos promesses?... Et moi qui réponds à toutes vos questions, moi qui vous en dis plus que je ne le devrais... vous ne m'avez pas écoutée....

—Si... très bien, mais vous le voyez, Iris, les questions que je vous adresse sur la princesse sont bien simples, elles ne la compromettront en rien si vous y répondez; je ne puis encore vous dire quel en est le but.... Bientôt peut-être je vous demanderai davantage; mais alors j'aurai, je l'espère, fait assez de progrès dans votre confiance pour que vous ayez toute foi en moi.