—Je ne devrais pas consentir à vous revoir, monsieur... à quoi bon? Je le vois, je ne suis là qu'un moyen de correspondance entre vous et la princesse.... Mais pourquoi me plaindre? les malheureux n'ont-ils pas toujours été sacrifiés... aux heureux... aux grands de ce monde?
L'imperceptible accent d'amertume avec lequel Iris sembla prononcer ces derniers mots fit tressaillir M. de Brévannes; une idée nouvelle lui vint à l'esprit.
Peut-être la fille de compagnie était-elle jalouse de sa maîtresse, et mécontente de sa position, quoi de plus naturel?
Les gens de l'espèce de M. de Brévannes, si rusés qu'ils soient, sont presque toujours dupes de leur funeste dédain pour l'espèce humaine, et de leur propension à croire surtout aux mauvais sentiments. Au lieu de supposer, selon toute probabilité, que la mulâtresse était dévouée à sa maîtresse, et de se tenir prudemment sur la réserve, il suffit à M. de Brévannes, non pas même d'un mot, mais d'une seule inflexion de voix, pour croire Iris envieuse de madame de Hansfeld et peut-être même hostile à sa maîtresse.
Il était d'autant plus porté à admettre cette hypothèse qu'elle servait parfaitement ses projets. Il eût été pour lui d'une haute importance d'avoir chez madame de Hansfeld un être à sa dévotion qui ne fût retenu par aucun lien de reconnaissance, par aucun scrupule de dévoûment. Voulant pourtant s'assurer de la réalité de son soupçon, il dit à Iris d'un ton affectueux de tendre intérêt:
—Vous êtes heureuse? très heureuse auprès de la princesse... n'est-ce pas?
La jeune fille comprit la portée de cette question, qu'elle avait très habilement amenée. Elle ne répondit pas d'abord, elle soupira, puis après un silence de quelques secondes, elle dit:
—Oui, oui, très heureuse; et quand bien même je ne le serais pas, à quoi bon me plaindre?...
Puis, dégageant brusquement son bras de celui de M. de Brévannes, elle courut vers la petite porte du jardin, restée entr'ouverte.
Étonné de cette fuite soudaine, M. de Brévannes la suivit en disant: