—Oh! jamais... jamais je ne l'oublierai; mais je crains que ma reconnaissance se confonde et se perde dans ma joie de te revoir, bon, excellent père... maintenant je n'ai plus que toi au monde...—s'écria Berthe en fondant en larmes.
Pierre Raimond serra tendrement les mains de Berthe dans les siennes et lui dit avec amertume:
—Encore de nouveaux chagrins!... malheureuse enfant!...
—Il ne m'aime plus!... je lui suis à charge!... je lui suis odieuse!...—dit Berthe en fondant en larmes.
—Oh! mes prédictions!...—s'écria douloureusement le vieillard.
—Mon père, ne m'accablez pas!...
—Ce n'est pas un reproche, pauvre petite.... Hélas! c'est un cri de satisfaction amère.... Mon amour pour toi ne m'avait pas trompé... Mais qu'y a-t-il donc encore?
—Vous le savez, depuis la pénible scène qui eut lieu ici le surlendemain de notre arrivée, l'humeur de Charles s'est de plus en plus aigrie, surtout à dater du jour où nous sommes allés aux Français. Jusqu'alors au moins il avait gardé quelque mesure; il m'avait même exprimé son regret de s'être montré un peu dur envers vous.... Mais à partir de cette funeste représentation aux Français, je dis funeste, parce que le lendemain ont commencé pour moi de nouveaux tourments....
—Et tu me les avais encore cachés? Lorsque tu es venue dimanche... pourquoi ne m'as-tu rien dit?
—Je craignais tant de vous affliger.... Mais à présent... mes forces sont à bout. Si vous saviez, mon Dieu... si vous saviez....