L'espace qui restait de chaque côté de cette fenêtre pour atteindre les parois latérales de la galerie, était rempli, encombré des innombrables richesses dont nous avons parlé.
Le prince de Hansfeld était assis devant cet orgue d'ivoire; il portait une longue tunique de laine noire serrée autour de sa taille; une sorte de berret de velours de même couleur laissait échapper de longues mèches de cheveux blonds qui tombaient en profusion sur ses épaules un peu courbées.
Ses larges manches étaient presque relevées jusqu'au coude par la position que prenaient ses mains en parcourant le clavier. Ses bras amaigris, ses mains fluettes, effilées, étaient d'une blancheur de marbre; mais les ongles longs, durs, polis comme des agates, n'avaient pas cette nuance rose, signe certain de la santé; ils étaient cerclés d'un pâle azur; la position de la tête un peu repliée en arrière annonçait que le prince de Hansfeld avait les yeux levés au plafond.
Après s'être interrompu un moment, il recommença à jouer de l'orgue, mais pianissimo.
Était-ce la qualité supérieure de cet admirable instrument, était-ce la puissance du talent de l'exécutant? jamais orgue n'exhala des sons à la fois plus suaves, plus sonores, plus mélancoliques, d'une tristesse, si cela peut se dire, plus passionnée!
Il serait impossible de deviner quel était le motif de ces chants d'une expression à la fois plaintive comme un soupir... ineffable comme le sourire d'une mère à son enfant... harmonie vague, indécise, capricieuse comme la pensée qui, flottant au milieu des nuages d'une imagination attristée, aperçoit quelquefois l'azur d'un ciel pur, éclairci, serein....
Le cœur le plus bronzé se fût amolli, détendu à ces mélodies pénétrantes, douces comme une rosée de larmes.
Au milieu, du silence de la nuit, les sons déjà si graves de l'orgue augmentaient encore de solennité; ils montaient au ciel... comme l'encens....
Il y avait surtout une phrase d'une pureté charmante qui revenait souvent et comme par intermittence dans le chant de l'orgue.
Pour rendre les idées qu'éveillait cette phrase enchanteresse, jouée sur les notes les plus élevées, les plus cristallines de l'instrument, il faudrait évoquer les idéalités les plus riantes, les plus jeunes, les plus fraîches;