Était-ce une triste et sauvage raillerie de ce vieux dicton mythologique: Les yeux de la beauté lancent des traits mortels.
On ne pouvait voir sans indignation cet outrage à l'un des chefs-d'œuvre de l'art, et pourtant, un peu plus loin, on admirait une sorte de petit monument de marbre blanc aux ornements empruntés aux mythologies païenne et chrétienne.
Dans un cartouche supporté par des amours et par des anges, on lisait en lettres d'or: Phidias, Raphaël; puis au bas une sorte de prie-Dieu (qu'on pardonne cette profanation de l'adoration due au seul Créateur en faveur de la créature) dont le coussin de velours usé prouvait un fréquent usage, comme si quelque fervent et religieux admirateur de ces deux génies immortels venait souvent leur demander à genoux de hautes inspirations, ou les remercier des ineffables jouissances que la science du beau donne à l'homme.
En effet, des gravures ou des copies des plus beaux cartons de Raphaël, placées tout auprès de quelques fragments des bas-reliefs du Parthénon, choisis avec un goût excellent, annonçaient un amour et un sentiment de l'art qui semblaient incompatibles avec la barbarie dés mutilations dont nous avons parlé.
A mesure que l'on se rapprochait de la zone la plus lumineuse de cette galerie, étrange retraite du prince de Hansfeld, les objets changeaient aussi de caractère.... Plus ils devaient être éclairés, plus ils augmentaient de splendeur.
Ainsi, près de la fenêtre, on voyait une rare collection d'armes indiennes et orientales, des sabres d'argent incrustés de corail, des poignards au fourreau de velours rouge brodé d'or, à la poignée enrichie de pierres précieuses; le bleuâtre acier de Damas se recourbait sous sa garde d'or étincelante de rubis et d'émeraudes; des boucliers indiens aux reliefs de vermeil étaient constellés de pierreries.
Près de la fenêtre, c'était un fourmillement lumineux, coloré, scintillant, éblouissant, auquel la lumière prismatique des vitraux donnait encore des tons plus chauds et plus riches; il est impossible de nombrer les curieux objets d'orfèvrerie émaillés, ciselés, entassés sur des étagères de nacre qui avoisinaient la fenêtre.
A voir tomber de la haute fenêtre cette éblouissante cascade de lumière irisée par les lueurs chatoyantes des objets qui la reflétaient, on eût dit une de ces nappes d'eau que le soleil colore de toutes les nuances du prisme.
Cette comparaison semblait d'autant plus vraie que, immédiatement au-dessous de la croisée, et occupant toute la largeur de sa baie, on voyait un grand buffet d'orgue: deux figures d'anges de trois pieds de haut, sculptées en ivoire, supportaient le clavier de l'instrument, de même matière; le reste du buffet, dont le sommet atteignait l'appui de la fenêtre, se composait de panneaux gothiques, aussi d'ivoire; travaillés à jour comme une dentelle, ils n'altéraient en rien la sonorité de l'instrument; quatre sveltes cariatides d'argent, émaillées de couronnes d'or, ornées de pierreries, comme des ostensoirs, séparaient ces légers panneaux, et supportaient une frise en pierres dures, représentant une guirlande de feuilles, de fleurs et de fruits... cerises de cornaline, prunes d'améthyste, abricots de topaze, bluets de lapis, feuilles de malachite, jacinthes d'aigues marines, luttaient d'éclat et de vérité relative.
Cet orgue, de dix pieds de haut et de cinq pieds de large, remplissait le soubassement de la longue fenêtre à vitraux coloriés, percée à l'une des extrémités de la galerie.