CHAPITRE XV.
LE LIVRE NOIR.
Deux jours après la première entrevue de madame de Hansfeld et de M. de Morville au bal de l'Opéra, Iris avait apporté, selon sa promesse, le livre noir à M. de Brévannes; celui-ci y avait lu les lignes suivantes, attribuées à la princesse:
«Je suis si troublée de cet entretien, que je puis à peine rassembler mes souvenirs; j'ai peur de me rappeler ce que j'ai promis à M. de Brévannes, ce que je lui ai laissé deviner, peut-être....
«Quelle est donc la puissance de cet homme? J'étais allée là bien résolue d'être pour lui d'une froideur impitoyable; à peine l'ai-je vu... que j'ai oublié tout... jusqu'à ses menaces....
«Quelle fatalité l'a donc, pour mon malheur, ramené ici?...
«Non, non, je ne l'aimerai pas....
«Je me fais horreur à moi-même.... Comment! en présence du meurtrier de Raphaël... je n'ai ressenti ni haine ni fureur.... Oh! honte sur moi! il a remarqué ma faiblesse....
«Hélas! que faire?... Lorsque j'entends sa voix, lorsque son ardent regard... s'attache sur moi... mes résolutions les plus fermes m'abandonnent... je ne pense qu'à l'écouter... qu'à le contempler....
«Il est si beau de cette beauté virile et hardie qui, la première fois que je l'ai vu, m'a laissé une impression profonde... ineffaçable.... Tout en lui, annonce un de ces hommes passionnément énergiques qui aiment... comme je saurais aimer... comme je n'ai jamais été aimée.... Oh! si ma volonté et la sienne étaient unies... à quel terme de félicité n'arriverions-nous pas!...