—Sans doute: hier, n'ai-je pas été brusque, grondeur?... N'ai-je pas enfin fait tout ce qu'il fallait faire pour être exécré? Mais les maris sont toujours ainsi.
—Je vous assure, Charles, que j'avais complètement oublié....
—Vous êtes si bonne et si généreuse.... Vraiment quelquefois je ne sais comment j'ai pu méconnaître tant de précieuses qualités....
—Charles... de grâce.
—Non vraiment... cela m'explique l'incroyable, l'aveugle confiance que j'ai toujours eue en vous, à part quelques accès de jalousie sans motif, bien entendu.... Tenez, vous ne sauriez croire combien surtout notre conversation d'hier a augmenté ma confiance en vous.
—Mon ami....
—Dans le premier moment, je l'avoue... la franchise de vos craintes m'a un peu effrayé; mais depuis, en y réfléchissant, j'y ai trouvé au contraire les plus sérieuses garanties pour l'avenir, et une preuve de plus de votre excellente conduite....
—Je vous en prie, ne parlons plus de cela—dit Berthe avec un embarras qui n'échappa pas à son mari.
—Au contraire, parlons-en beaucoup, ce sera ma punition, car j'avoue mes torts.... J'étais stupide de me fâcher de votre loyauté! Pourquoi n'aurait-on pas la modestie de l'honneur comme la modestie du talent? Si je vous avais priée de chanter dans un salon, devant un nombreux public, m'auriez-vous dit:—Je suis certaine de chanter admirablement bien?... Non, vous eussiez manifesté toutes sortes de craintes.... Et pourtant il est certain que peu de talents égalent le vôtre.... Eh bien! vous m'avez parlé avec la même modestie de votre future condition dans le monde où je vous oblige d'aller, vous m'avez dit avec raison: «—J'ai le désir de rester fidèle à mes devoirs, mais je redoute les séductions et les périls qui entourent ordinairement une jeune femme, et j'aime mieux fuir ces dangers que les combattre....»
—Encore une fois, je vous en prie, oublions tout ceci—dit Berthe véritablement émue et touchée de la bonté de son mari.