«Chose étrange! je m'étais fait une idée tout autre de ce que je devais, selon moi, ressentir à son aspect.... Oui, je l'avoue avec horreur (qui saura jamais cet aveu?) mon courroux, mon exécration, ne me semblent pas à la hauteur de ses crimes....
«En vain je maudis ma faiblesse... en vain je me dis que cet homme m'a calomniée d'une manière infâme; en vain je me répète qu'il a tué Raphaël, qu'il est presque l'auteur des maux que j'endure... qu'il peut à cette heure me perdre.... Et malgré moi j'ai la lâcheté de penser que c'est l'amour que je lui ai inspiré qui l'a plongé dans cet abîme d'horribles actions.... Oserai-je le dire? je suis quelquefois capable de l'excuser.»
M. de Brévannes sentait son cœur battre avec violence, son orgueil effréné, l'aveuglement de sa passion servaient Iris au-delà de toute espérance.
Rien de plus vulgaire, de plus suranné, mais aussi de plus vrai que cet adage:—On croit ce que l'on désire.
Dans ces pages qu'il supposait écrites par madame de Hansfeld, M. de Brévannes voyait la preuve d'une impression qui tenait à la fois de la haine et de l'amour, de la terreur et de l'admiration.
Admiration à peine avouée, il est vrai, mais qui, selon la vanité de M. de Brévannes, n'était que de l'amour ignoré ou combattu.
Une circonstance assez étrange, habilement exploitée par Iris, contribuait à augmenter l'erreur de M. de Brévannes: il n'avait fait qu'un seul aveu à Paula, et, d'après les fragments que nous venons de citer, il pouvait croire que celle-ci n'avait pas répondu à sa passion par jalousie des soins apparents qu'il rendait à sa tante, enfin, il pouvait aussi croire son abominable calomnie, sinon oubliée, du moins presque excusée par ces mots prétendus de la princesse:
«C'est l'amour que je lui ai inspiré qui l'a plongé dans cet abîme d'horribles actions; je me sens quelquefois capable de l'excuser.»
Quant à la mort de Raphaël, que Paula aimait d'un sentiment plus vif que l'amitié, plus calme que l'amour, ce meurtre, presque justifié par l'agression de cet infortuné, était, il est vrai, une des causes qui combattaient le plus vivement l'irrésistible penchant de madame de Hansfeld pour M. de Brévannes.
Sans l'autorité du Livre noir, il eût fallu un complet aveuglement pour expliquer ainsi la conduite de madame de Hansfeld; mais M. de Brévannes, croyant lire un écrit tracé par elle, avait trop d'orgueil et d'amour pour ne pas accepter cette interprétation d'ailleurs si naturelle.