—Malheureusement!... Qu'entendez-vous par ce mot... malheureusement?
—J'entends qu'il était malheureux, pour les sincères admirateurs de ce grand homme, de ne pouvoir nouer avec lui des relations agréables et douces.
—Je l'espère bien.... Est-ce que vous le prenez pour un Raphaël, pour un homme banal comme votre héros? Car—ajouta le graveur avec un accent de dédain—il n'y avait personne au monde d'un caractère plus facile, plus insinuant, plus aimable que votre Raphaël.
—Vous reconnaissez au moins ses qualités....
—Ses qualités!!! c'est justement à cause de ces qualités insupportables que je le déteste comme homme... quoique je le vénère comme artiste.
—Et moi, mon cher monsieur Raimond, c'est justement à cause des défauts du caractère diabolique de Michel-Ange qu'il m'est antipathique, comme homme, quoique je m'incline devant son génie.
—Votre admiration n'est pas naturelle; elle est forcée... elle est exagérée—s'écria le graveur.
—Comment!—dit Arnold stupéfait—vous détestez Raphaël à cause de ses qualités.... Moi, je n'aime pas Michel-Ange à cause de ses défauts... et vous m'accusez d'exagération?
—Certainement... on n'est grand homme, on n'est Michel-Ange qu'à certaines conditions. J'admire dans le lion jusqu'à ses instincts sauvages et féroces; il n'est lion qu'à condition d'être sauvage et féroce, il ne peut avoir les vertus d'un mouton comme votre Raphaël.
—Mais au moins permettez-moi d'aimer dans Raphaël ces vertus de mouton, qui sont, si vous le voulez, les conséquences de sa nature, de son talent....