—A votre aise: admirez, si vous trouvez qu'un tel caractère mérite l'admiration.... Quant à moi, physiquement parlant, je ne mets pas seulement en balance la fade figure du beau, du céleste Raphaël, tout couvert de velours et de broderies, avec le mâle visage de mon vieux Buonarotti, sombre, farouche, hâlé par le soleil, et vêtu d'une souquenille à moitié cachée par son tablier de cuir de tailleur de pierre! Allons donc! est-ce que ces deux natures peuvent se comparer seulement? Ah! ah! ah!... quel plaisant contraste!... Je vois d'ici... le divin Raphaël....

—Le divin Raphaël aurait fléchi le genou et respectueusement baisé la puissante main du vieux Michel-Ange, son maître et son aïeul dans l'art—dit doucement Arnold en tendant la main à Pierre Raimond.

—Vous avez raison—reprit celui-ci en répondant avec effusion au témoignage de cordialité de M. de Hansfeld.—Je suis un vieux fou... aussi emporté qu'à vingt ans....

A ce moment Berthe entra.

Il eût été difficile de peindre la ravissante expression de sa physionomie en voyant son père et Arnold se serrer ainsi la main. Ses yeux se remplirent de larmes de bonheur.

—Viens à mon secours, enfant—dit Pierre Raimond.—Je suis battu... ma folle barbe grise est obligée de s'incliner devant cette vénérable moustache blonde.... Il reste calme comme la raison, et je m'emporte... comme si j'avais tort....

—Et le sujet de cette grave discussion?—dit Berthe en souriant et en regardant alternativement Arnold et son père.

—Michel-Ange...—dit Pierre Raimond.

—Raphaël...—dit Arnold.

—Comment, monsieur Arnold, vous ne pouvez pas céder à mon père?