—Oh! oui... pauvre père—dit Berthe en embrassant le vieillard.

M. de Hansfeld écoutait Pierre Raimond avec une vénération profonde. Ce langage franc et loyal était aussi nouveau que flatteur pour lui. Ne fallait-il pas qu'il inspirât une bien noble confiance à Pierre Raimond pour que celui-ci ne craignît pas de lui parler ainsi devant sa fille!

Berthe elle-même, loin de se montrer confuse, embarrassée, semblait confirmer ce que disait son père; son front rayonnait de candeur et de sérénité.

En présence de cette noble franchise, M. de Hansfeld rougit de sa dissimulation; il fut sur le point d'apprendre à Pierre Raimond son véritable nom; mais il redouta l'indignation que cet aveu tardif exciterait peut-être chez le vieux graveur, dont il connaissait d'ailleurs les préventions anti-aristocratiques; il trouva donc une sorte de mezzo termine dans la demi-confidence qu'il fit à Berthe et à son père.

Après quelques moments de silence, il dit à Pierre Raimond:

—Vous avez raison, mon ami... vous m'avez donné l'exemple de la confiance... je vous imiterai.... Peut-être vous inspirerai-je un peu d'intérêt par quelques rapports entre ma position et celle de votre fille... car vous m'avez dit que son mariage n'était pas heureux... et c'est aussi à mon mariage que j'ai dû d'atroces chagrins.

—Vous êtes marié?... si jeune—dit Raimond avec étonnement.

—Depuis deux ans.

—Et votre femme...—dit Berthe.

—Elle est en Allemagne—répondit M. de Hansfeld après un moment d'hésitation.