—Oh! je comprends... mais cela est horrible...—s'écria Pierre Raimond.

Berthe regarda son père avec surprise.

—Qu'y a-t-il donc, mon père?...—dit-elle;—puis, éclairée par un moment de réflexion, elle ajouta avec horreur:—Oh! non, non, c'est impossible... monsieur Arnold... c'est impossible! une femme est incapable d'un crime si affreux.

—N'est-ce pas?—reprit Arnold avec amertume.—Après quelques réflexions, j'ai dit comme vous... c'est impossible... j'ai attribué au hasard ce fait effrayant, je me suis même cruellement reproché d'avoir pu un moment soupçonner Paula.

—Et lorsque vous revîtes votre femme—dit Pierre Raimond—quel fut son accueil?

—Il fut calme, confiant; et si j'avais alors conservé quelques doutes, ils eussent été à l'instant dissipés: le soir j'avais laissé Paula sombre, presque courroucée; le lendemain je la trouvai tranquille, affectueuse et bonne... elle me tendit la main en me demandant pardon de m'avoir si brusquement quitté la veille....

—C'est d'une inconcevable hypocrisie...—dit Pierre Raimond.

—Oh! non, non, elle n'était pas coupable, son calme le prouve—dit Berthe.

—Je pensais comme vous—reprit M. de Hansfeld;—il y avait tant de sincérité dans son accent, dans son regard; ses paroles étaient si naturelles, qu'accablé de remords, de honte, je tombai à ses pieds en fondant en larmes et en lui demandant pardon.... Elle me regarda d'un air surpris. Je n'osai m'expliquer davantage. Innocente, mon soupçon était un abominable outrage. Je lui répondis que je craignais de l'avoir contrariée la veille.... Elle me crut, et cette scène n'eut pas d'autre suite.

Comment vous expliquer ce qui se passa en moi depuis ce jour.... Mon fol amour pour Paula augmenta pour ainsi dire en raison des torts que je me reprochais envers elle; je ne pouvais me pardonner d'avoir osé accuser une femme qui m'avait donné tant de preuves de franchise.