—Que dis-tu?—s'écria la princesse, épouvantée du regard triomphant d'Iris et de l'infernale résolution de sa physionomie.
—Je dis—reprit la bohémienne avec une exaltation farouche—je dis que la part que j'ai dans votre vie, marraine, est misérable; je dis que mon vœu le plus ardent serait de vous voir dans une position telle que mon dévouement pour vous fût votre suprême bonheur, votre seule joie, votre seule consolation; je dis que j'aimerais autant vous voir morte qu'indifférente à ce que je ressens pour vous... que j'aime comme ma mère, comme ma sœur, comme mon Dieu; je dis que ceux que vous avez aimés, c'est-à-dire Raphaël et Morville, n'ont pas fait pour vous la millième partie de ce que j'ai fait moi-même, et ils ont occupé, et ils occupent votre vie, votre pensée tout entière, tandis que moi je ne suis rien pour vous.... Cela est injuste, marraine... bien injuste.
—Osez-vous parler ainsi, vous que j'ai recueillie, comblée de mes dons.... Et qu'avez-vous donc fait pour reconnaître mes bontés?
—Vous me demandez ce que j'ai fait, marraine! Eh bien! je vais vous le dire à cette heure... car il faut que notre destinée s'accomplisse. Ce que j'ai fait? J'ai fait tuer Raphaël par M. Charles de Brévannes, d'abord....
—Toi... toi.... Mon Dieu! elle m'épouvante.
—Oui, moi.... Vous ne saviez pas ce que c'était que Raphaël.... Vingt fois, en voyant vos larmes, vos regrets, j'ai été sur le point de vous dire: Vous n'avez rien à regretter.... Raphaël était indigne de vous.... Mais je ne voulais pas parler... je vous dirai tout à l'heure pourquoi.
—Malheureuse! explique-toi... que veux-tu dire? Tout ceci n'est-il qu'une sanglante raillerie?—Non, non, Iris ne raille pas lorsqu'il s'agit de vous... Écoutez-moi donc. Vous m'aviez hissée à Venise, cela me fit une peine horrible; vous ne vous en êtes pas seulement aperçue, ou, du moins, mon chagrin vous a été indifférent... mon désir de vous accompagner vous a semblé importun.... Mon Dieu!... il fallait me laisser périr dans la rue plutôt que de faire naître en moi une reconnaissance dont les témoignages vous devaient être à charge.
—Mais cette malheureuse est folle.... Et que faisait cela à Raphaël?
—Vous m'aviez laissée à Venise; je vous l'ai dit, cela me causa une violente douleur; je ne pus me résigner à rester dans l'ignorance de votre vie et à recevoir seulement de temps à autre quelque froide lettre de vous. A force de prières, je parvins à obtenir d'Inès, votre camériste, qu'elle me tiendrait au courant de vos actions. Vous ne savez pas ce qu'il m'a fallu de persévérance, de promesses, de séductions pour intéresser à mon désir cette indifférente fille, et l'amener à m'écrire presque chaque jour.... Par cela... jugez ce qu'est mon attachement pour vous.
—Je ne sais s'il faut l'exécrer, la plaindre ou l'admirer—se dit Paula.