Recueillir chaque jour une pensée. Voici celle d’aujourd’hui : « C’est une chose horrible de sentir continuellement s’écouler ce qu’on possède et qu’on puisse s’y attacher, sans avoir envie de chercher s’il n’y a point quelque chose de permanent. » — Beaucoup lu, soigné de petits oiseaux qu’on a apportés, sans goût, par pitié, toutes mes affections mortes ; toutes, hormis celle que la mort m’a prise.
Le 29. — L’homme est un roseau pensant.
Le 30. — Qu’il faisait bon ce matin dans la vigne, cette vigne aux raisins-chasselas que tu aimais ! En m’y voyant, en mettant le pied où tu l’avais mis, la tristesse m’a rempli l’âme. Je me suis assise à l’ombre d’un cerisier, et là, pensant au passé, j’ai pleuré. Tout était vert, frais, doré de soleil, admirable à voir. Ces approches d’automne sont belles, la température adoucie, le ciel plus nuagé, des teintes de deuil qui commencent. Tout cela, je l’aime, je m’en savoure l’œil, m’en pénètre jusqu’au cœur, qui tourne aux larmes. Vu seule, c’est si triste ! Toi, tu vois le ciel ! Oh ! je ne te plains pas. L’âme doit goûter d’ineffables ravissements,
Se plongeant dans l’extase où fut l’aveugle-né
Quand le jour apparut à son œil étonné.
Le 31. — Quelle différence de ce que je dis à ce que je dirais s’il vivait ! Mon Dieu, tout est changé en moi et hors de moi : la mort étend quelque chose de noir sur toutes choses. — Écrit à Misy sur la mort de son oncle Jules de Roquefeuil, disparu tout jeune de ce monde. De tous côtés, des tombes s’ouvrent.
« Cet étrange secret dans lequel Dieu s’est retiré, impénétrable à la vue de l’homme, est une grande leçon pour nous porter à la solitude loin de la vue des hommes. »