« L’homme est ainsi fait qu’à force de lui dire qu’il est un sot, il le croit ; et à force de se le dire à soi-même, on le croit… »
« … Dieu a créé l’homme avec deux amours : l’un pour Dieu, l’autre pour soi-même… Le péché étant arrivé, l’homme a perdu le premier de ces amours ; et l’amour pour soi-même étant resté seul dans cette grande âme capable d’un amour infini, cet amour-propre s’est étendu et débordé dans le vide que l’amour de Dieu a laissé[30]. »
[30] Pascal, Pensées ; Lettre sur la mort de son père.
Il pleut ; cette pluie, qui reverdit prés et bois, tombe sur la terre qui te couvre et dissout tes restes au cimetière, là-bas, à Andillac. Qu’on est heureux de penser qu’il y a dans l’homme quelque chose que n’atteint pas la destruction !
« Il est des créatures que vous retirez de ce monde pour de légères faiblesses ; c’est par amour et pour leur sauver de nouvelles chutes. » — Si on ne savait que cette pensée est de Shakspeare, on la croirait de Fénelon. Oh ! je sais à qui je l’applique.
Le 5 septembre. — Une lettre de Marie, la triste Marie, qui récite tous les jours l’office des morts. Ainsi le cœur de la femme : même en se tournant vers Dieu, il regarde ses affections.
Le 9. — Le découragement me prend pour tout dans la vie. Je ne continuerai pas d’écrire. A quoi bon ce mémorandum ? Pourquoi ? puisque ce ne peut être pour lui ! Quand il vivait, j’avais en lui mon soutien ; j’avais mon plaisir dans la pensée de lui faire plaisir. — Cela ôté, que reste-t-il à ces distractions humaines, lectures, pensées, poésie ? rien que leur valeur, qui n’est rien.
Écrit à Marie, autre poésie vivante encore. Je lui dis : « Croyez que vous êtes aimée du cœur le plus mort. »