Le 2. — Rien d’intéressant que la venue d’un petit chien qui doit remplacer Lion au troupeau. Il est beau et fort caressant, je l’aime et je lui cherche un nom. Ce serait Polydor, en souvenir du chien de La Chênaie ; mais pour un chien de berger, c’est un nom de luxe : mieux vaut Bataille pour le combattant du troupeau.

L’air est doux ce matin, les oiseaux chantent comme au printemps et un peu de soleil visite ma chambrette. Je l’aime ainsi et m’y plais comme aux plus beaux endroits du monde, toute solitaire qu’elle est. C’est que j’en fais ce que je veux, un salon, une église, une académie. J’y suis quand je veux avec Lamartine, Chateaubriand, Fénelon : une foule d’esprits m’entoure ; ensuite ce sont des saints, sainte Thérèse, saint Louis, patron de mon amie Louise, et une petite image de l’Annonciation où je contemple un doux mystère et les plus pures créatures de Dieu, l’ange et la Vierge. Voilà de quoi me plaire ici et murer ma porte à tout ce qui se voit ailleurs. Mais non, je n’y tiendrais pas longtemps : au moindre bruit de lettres ou de nouvelles, j’en sortirais pour aller lire ou écouter, aujourd’hui surtout que j’attends quelque chose de Mimi et de toi. Tu me négliges, voilà un mois et plus que tu ne m’as écrit. La journée me semblera longue : pour la couper, je vais écrire à Louise. J’ai reçu d’elle deux lettres, deux trésors, deux petites merveilles d’esprit et de tendresse. Oh ! quelles lettres ! c’est pour moi toutes ces choses rares, et je me sens triste avec cela ! Que te faut-il donc, pauvre cœur ?


Le 3. — Une lettre de Mimi ! Que de bonheur porte une lettre et que de charme à entendre ceux qui sont éloignés de nous et qu’on ne peut voir de longtemps ! Cette voix du cœur les rapproche et semble vous dire : Ils sont là ; dans ces pages, voyez leur âme et leur amour, voyez leurs pensées, leurs actions ; tout leur être est là contenu, l’enveloppe seule vous manque. Et cela console fort de l’absence. Je voudrais bien, si tu lis jamais ceci, te persuader du plaisir si profond que j’ai de tes lettres, et du chagrin pareil quand elles me manquent. Sans doute tu m’écriras plus souvent à l’avenir.


Le 4. — Lettre de Mimi, lettre de Louise, arrivée de Paul, bonheur, bonheur, bonheur ! Je n’ai pas le temps d’écrire.


Le 5. — Dans la journée, dans quelques heures je serai à Gaillac, loin d’ici, loin de papa, loin de ma chambrette, loin de tout ce qui fait ma vie. Pas un moment pour écrire. Avec quel regret je m’éloigne ! mais je vais joindre Mimi pour un jour, ce qui me console.