Ames du ciel amoureuses,

J’écoute aussi vos désirs,

Et prends des hymnes pieuses

Dans chacun de vos soupirs.

La poésie irait grand train si je la laissais faire ; mais demain c’est la Pentecôte, grande fête qui dispose au recueillement, qui fait taire l’âme pour prier et demander l’esprit saint, l’esprit d’amour et d’intelligence qui fait connaître et aimer Dieu. Je vais donc entrer dans mon cénacle, ma chambrette ; plus rien du dehors, s’il est possible. Mais encore je pense à toi, pauvre errant dans le monde. Si tu savais comme je te voudrais avec nous ! Que Dieu veuille un jour t’amener, te rendre à la société des frères !


Le 13. — Je reviens ici le lundi de la Pentecôte, sans m’arrêter au jour d’hier, si grand, si divin ; causons un peu d’à présent, du temps que je fais lire Miou, mon écolière. A elle l’oreille, ici le cœur ; mais je suis souvent détournée pour la reprendre. Cette enfant a l’intelligence lente et molle, de sorte qu’il faut être là sans cesse à l’exciter. Patience et persévérance : avec cela nous ferons quelque chose de Miou, non pas un esprit orné, mais une intelligence chrétienne, qui sache pourquoi Dieu l’a mise au monde. Pauvre petite ! elle ne le savait pas du tout naguère. Que nous sommes ignorants, que nous le sommes tous en naissant ! Un Lamennais n’en aurait pas su plus que Miou à dix ans, si on ne lui eût pas appris davantage. Cela me semble ainsi, et que notre intelligence ne se développe que par l’instruction, comme le bois ne s’allume que par le contact du feu.

J’aime assez d’instruire les petits enfants, de leur faire le catéchisme. C’est un plaisir et même un devoir d’instruire tous ces pauvres chrétiens. On peut faire les missionnaires à tout moment dans nos campagnes, et je doute que des sauvages en sachent moins en fait de religion que certains de nos paysans. Notre cuisinière, Marianne, voyait des cochons dans les commandements. Un autre croit que faire son salut c’est se saluer, et cent autres bêtises qui font pitié. Mais Dieu est bon, et ce n’est pas précisément l’ignorance qu’il punira. On doit bien plus craindre pour les génies qui s’égarent, pour ceux qui savent la loi et ne veulent pas la suivre, pour ces aveugles qui ferment les yeux au jour. Oh ! que ceux-là me font pitié ! qu’ils sont à plaindre ! On voit leur sort dans la parabole de la vigne et de l’arbre stérile. Je l’écrirais, mais tu sais cela.

Un chagrin : nous avons Trilby malade, si malade que la pauvre bête en mourra. Je l’aime, ma petite chienne, si gentille. Je me souviens aussi que tu l’aimais et la caressais, l’appelant coquine. Tout plein de souvenirs s’attachent à Trilbette et me la font regretter. Petites et grandes affections, tout nous quitte et meurt à son tour. Notre cœur est comme un arbre entouré de feuilles mortes.

Le pasteur est venu nous voir. Je ne t’ai pas dit grand’chose de lui. C’est un homme bon et simple, instruit de ses devoirs, parlant mieux de Dieu que du monde qu’il connaît peu. Aussi ne brille-t-il pas dans un cercle ; sa conversation est commune et lui fait trouver peu d’esprit par ceux qui ne connaissent pas un esprit de prêtre. Il fait le bien dans la paroisse ; sa douceur lui gagne des âmes. C’est notre père à présent. Je le trouve jeune après M. Bories. Il me manque cette parole forte et puissante qui me soutenait ; mais Dieu me l’a ôtée, il sait pourquoi. Soumettons-nous et marchons comme un enfant, sans regarder la main qui nous mène. Au demeurant, je ne me plains pas ; il parle bien, très-bien pour les âmes calmes. Jamais Andillac n’eut une si douce éloquence, c’est le Massillon du pays. Mais Dieu seul peut apaiser les troubles de l’âme. Si tu t’étais fait prêtre, tu saurais cela, et je t’aurais demandé conseil ; mais je ne puis rien dire à Maurice. Ah ! pauvre ami, que je le regrette ! que je voudrais passer de la confiance du cœur à celle de l’âme ! Il y aurait dans cette ouverture quelque chose de bien spirituellement doux. La mère de saint François de Sales se confessait à son fils ; des sœurs se sont confessées à leurs frères. Il est beau de voir la nature se perdre ainsi dans la grâce.