Le 18. — Pluie, boue, vent, jour d’hiver et de dimanche. Un bon petit prône pour me dédommager de la fatigue du chemin. Inquiétude ce soir, point de lettre.


Le 19. — Les parents de la Vialarette sont venus nous remercier, en s’en allant, des soins que nous lui avons donnés et nous offrir ce que nous voulions… Parmi un tas de fioles et d’autres riens, j’ai vu un petit pot blanc que nous lui emplissions tous les ans de confitures. Je l’ai demandé en souvenir. Je l’ai, je le garde et le regarde, le saint petit pot, comme celui de la veuve de Sarepta.

Une fusée, un peu de lecture, un peu d’écriture, quelques coups d’œil à la pluie, c’est ma journée. Je ne parle pas de ce qui s’est fait dans l’âme. La nuit en songe j’ai vu ton lit tout en flammes. Que signifient ces craintes de nuit et de jour que tu me donnes ? Oh ! qu’au moins je ne sois pas en peine sur ta santé ! C’est bien assez du reste que Dieu sait. Aurons-nous demain de tes lettres ?


Le 20. — Pas de lettre.


Le 21. — J’attends. Demain, peut-être demain !


Le 24. — Enfin quelque chose ! Ce n’est pas de toi, mais qu’importe ? Je sais que tu vis, cela me suffit. J’avais tant de craintes ! Mon Dieu, que ton silence m’a fait souffrir ! que de tourments, que d’imaginations, de suppositions, de tristesses ! Quel effroi en voyant cette lettre à cachet noir ! Ah ! M. d’Aurevilly ne se doute pas du coup qu’il m’a porté. J’ai laissé tomber sa lettre ; Érembert l’a prise, l’a ouverte, et me l’a rendue. J’ai compris, j’ai lu, j’ai vu ; plus de frayeur. La pauvre poire est cause de tout cela. Les beaux remercîments et hommages ! mais mal venus sous ce cachet noir ; aussi l’effet n’a été que triste, je ne sais quoi de lugubre m’est resté dans l’âme, comme une teinte noire sur laquelle nulle autre couleur ne peut prendre. Je me dis cent fois : tu le croyais mort, il est vivant, il se porte bien, sa santé, me dit-on, sera bientôt au niveau de son bonheur ; mais ni cela, ni rien ne peut m’ôter de peine sur ton compte. J’ai repris cette lettre et j’y vois la certitude que tu as été malade. Ton ami me dirait-il que, quand j’arriverai à Paris, je te trouverai tout à fait bien, si tu n’avais pas été souffrant ? Oh ! oui, tu es malade, j’en ai l’idée depuis quelque temps. Pauvre chère santé, que je ne puis ni voir ni soigner… Il ne me reste que de la recommander au bon Dieu, ma sainte ressource.