Le 25, dimanche. — Excellent prône sur la confession. Que c’était clair, simple et vrai ! comme il a su mettre à la portée d’Andillac les preuves de l’institution divine de la confession, mise en doute dans les veillées, et instruire en même temps nos pauvres philosophes ignorants de leur catéchisme ! J’aurais voulu te savoir là ; tu aurais trouvé cela bien, très-bien, surtout quand après avoir répondu aux objections, confondu la malice, repoussé les prétextes, écarté les refus, il a parlé des bienfaits de la confession, de la paix qu’elle met dans l’individu, la famille et la paroisse, accompagnant cela d’exemples et finissant par nous appeler tous avec sa voix de bon pasteur, tous à ses pieds, dans ses bras, dans son cœur : « Mes frères, une mère qui perd sa fille n’a pas plus de douleur que moi quand je vois une de vos âmes mourir dans le péché. » Et cela n’est pas une phrase, c’est une expression de foi, de charité. C’est une chose qu’ils pensent, qu’ils sentent, ces bons prêtres. Oh ! qu’ils sont dignes de respect, ceux qui ont ainsi l’esprit de Dieu, qui passent en faisant le bien ! Je les vénère comme des reliques. Je n’estime pas ceux qui en disent du mal. Cela me vient à propos de certains railleurs. Il est nuit ; mais d’ailleurs, ce n’est pas la peine de parler de ces gens. Si je puis, je reviendrai ce soir avant de me coucher.
Le 27. — C’était bien vrai mes pressentiments, tu es malade, tu as eu trois accès, tu tousses. Quelle peine ! Mon pauvre Maurice, faut-il être aussi loin de toi, ne pouvoir plus ni te voir, ni t’entendre, ni te donner des soins ! C’est à présent que je voudrais être à Paris, avoir une chambre à côté de la tienne comme ici, pour t’entendre respirer, dormir, tousser. Oh ! tout cela, je l’entends à travers deux cents lieues ! Oh ! distances ! distances ! Je souffre bien, mais Dieu le veut et me fait ainsi payer mon affection fraternelle. Nul bonheur sans amertume, ni même sans sacrifice. Si j’étais près de toi, il me semble que tu te porterais mieux, que je veillerais sur ton manger, sur ton boire, sur l’air que tu respires. La Providence le fasse et te conserve comme la prunelle de l’œil ! Et puis cette bonne et tendre enfant qui te sert de sœur me console. C’est elle qui vient d’écrire à Éran, lui dit que tu as été malade et de ne pas le dire aux sœurs. Chère Caro, elle sait combien les sœurs se troublent vite. Que je l’aime, que je suis aise de te savoir auprès d’elle, que j’en bénis Dieu ! Que deviendrais-tu dans ton hôtel de Port-Mahon, seul avec des hommes ? Ton ami serait bien là ; mais quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, un homme ne peut remplacer une femme pour un malade, c’est comme pour un enfant. La faiblesse et la souffrance ont besoin de ces soins, de ces soulagements, de ces douceurs que nous inventons.
Le 28. — Oh ! des lettres, des lettres de cœur, des lettres de peines, car c’est tout un. Bonne tante ! elle nous dit, comme Caro, que tu as eu trois accès, que tu es arrivé pâle, défait, triste, à Paris, toutes choses qui me navrent. Dieu sait ce que je ferais pour ne pas te savoir en souffrance de corps ou d’âme. Mais je ne puis rien pour rien. Je n’ai que le pouvoir de prier et je prie, et j’espère, parce que la foi est puissante. Dieu est d’un grand secours, je le sens, je l’éprouve. Oh ! si nos espérances, comme dit saint Paul, étaient renfermées dans cette vie seule, nous serions les plus misérables des créatures.
Voilà Lucie, ma petite filleule, qui vient me dire bonsoir. Il faut que je lui fasse une caresse, puis le catéchisme. J’aime à instruire les enfants, à ouvrir ces petites intelligences, à voir quels parfums sont renfermés dans ces boutons de fleurs. Je trouve en Lucie de la pénétration, de la mémoire et une douceur de caractère qui fait de cette enfant une pâte. Je vais bien lui apprendre à connaître Dieu, seule connaissance indispensable à tous dans cette vie triste et rapide, comme l’a dit, je crois, M. de Lamennais.
Mon catéchisme fait, je vais lire un sermon ; nous sommes en carême, temps où l’âme se nourrit plus que jamais de choses saintes. D’ailleurs j’en ai besoin pour faire contre-poids aux peines, alarmes, craintes qui me pèsent au cœur. O mon ami, que n’as-tu recours à cela, que ne te fais-tu soulever par quelque chose de céleste ! Tu ne serais pas si abattu, je te crois malheureux dans ton bonheur apparent, et que c’est la cause de ta maladie. La plupart des maux viennent de l’âme ; la tienne, pauvre ami, est si malade, si malade ! Je sais bien ce qui la pourrait guérir ou du moins soulager, tu me comprends : c’est de la faire redevenir chrétienne, de la mettre en rapport avec Dieu par l’accomplissement des devoirs religieux, de la faire vivre de la foi, de l’établir enfin dans un état conforme à sa nature. Oh ! alors paix et bonheur, autant que possible à l’homme. La tranquillité de l’ordre, chose admirable et rare qu’on n’obtient que par l’assujettissement des passions. Cela se voit dans les saints.
Le 29. — Deux lettres écrites, l’une à Marie, l’autre à Irène, cette amie de Lisle. Je lui dois ce souvenir, cette reconnaissance pour son ancienne et constante amitié. Ce fut elle qui m’écrivit la première il y a sept ans, je crois, après quelques jours de connaissance à Lisle. Entre femmes, l’amitié est bientôt faite : un agrément, un mot, un rien suffit pour une liaison ; mais aussi ce sont nœuds de ruban pour l’ordinaire, ce qui fait dire que les femmes ne s’aiment pas. Je n’en sais rien ; on peut aimer un jour, deux jours, plus ou moins, mais parfaitement : affections éphémères dont j’ai toujours eu peur pour moi et pour mes amies. Rien n’est triste comme une chose morte au cœur, de faire du cœur un cercueil. Aussi, dès que je sens ou vois s’éteindre une affection, je m’empresse de la raviver.