Le 1er juin. — Passé la journée à Cahuzac. Trouvé au retour un cahier des Annales de la Propagation de la Foi. Événement que tout écrit venu au Cayla, celui-là surtout dont les pages sont recueillies par des saints dans toutes les parties du monde.
Le 2. — M. Jules de Villefranche est venu nous voir ; il m’a semblé grandi, fortifié, mieux que de coutume, avec sa douceur accoutumée. Toujours gai, causeur, nous demandant de tes nouvelles. Le bon petit jeune homme !
Caro, la chère, vient d’écrire à Mimi. Quel plaisir nous fait une lettre de Paris ! Mais de voir que tu tousses, que chacun le dit, que c’est peut-être plus qu’on ne dit : que c’est triste ! Puis tu ne m’écris pas, pas mot de tant de choses intimes que nous savons. Oh ! nous voilà bien séparés ! Je ne sais plus rien de toi. Dieu sait ce qu’il m’en coûte, et comme je mets ce silence au rang de mes peines. Pauvre cœur, tout construit pour les souffrances ! Il y en loge ! tout est plein dans ce moment. Toi seul n’en es pas cause ; il en vient d’ailleurs dont personne ne se doute, douleurs de l’âme qui souffre parfois d’étranges choses. Dieu les envoie, les permet pour notre bien. C’est, disent les saints, le feu qui purifie, qui refond ; je le crois, nous avons parfois besoin de repasser au creuset. Quelqu’un me disait : Dans ces moments-là, faites comme saint Jérôme, écrivez. Écrivons. La poésie est ce qui occupe le plus. Si j’en faisais ?
Mon Dieu, mon Dieu, mon cœur vous adore et vous aime ;
Rien que dire : mon Dieu ! m’est un bonheur suprême ;
C’est le ciel qui sur moi descend,
Et jamais, sous le diadème,
Reine auprès de son roi n’eut un bonheur plus grand.
Vous êtes mon amour, vous êtes ma lumière ;