Le 10. — Une compagne dans ma chambrette, une perdrix blessée à l’aile, mais bien leste encore, bien vive, bien gentille ; elle se coule comme un rat dans tous les coins de sa prison et se prive, s’accoutume à me voir, si bien qu’elle mange et boit à mes côtés. Je voudrais la porter à Charles.

Un peu de malaise m’a fait jeter sur ton lit, ce lit où tu as couché six mois dans la fièvre, où je t’ai vu si pâle, défait, mourant, d’où le bon Dieu t’a tiré par prodige. Tout cela s’est mis avec moi sur ce lit, j’ai vu, revu, pensé, béni, puis un petit sommeil et un rêve où je me trouvais seule dans un désert entre un serpent et un lion ; la frayeur m’a réveillée. Jamais je n’ai vu de lion que celui-là, mais c’en était bien un. Comment nous arrangeons-nous pour créer ainsi en dormant, nous qui ne pouvons produire un atome ? est-ce un reflet de la puissance divine qui passe alors en notre âme ? Je me couche après une lettre écrite et deux reçues de Louise, ma pauvre Louise, si aimante, si aimable, si triste depuis la mort de son père : « Je ne suis pas de ceux qui se consolent bientôt, me dit-elle, plus je pleure et plus je veux pleurer ; mais je vous mêle à mes larmes. » Chère Louise ! Mimi m’écrit aussi de Gaillac qu’elle a vu le tableau, que l’enfant Jésus est bien, très-bien ; on trouve à la Vierge les yeux curieux et le coloris trop vif ; on n’observe pas que c’est fait pour un lieu élevé et sombre.


Le 12. — Oh ! la Vierge, la Vierge ! Elle est dans la salle, exposée sur le buffet ; toute la maison là : Jean, Jeannot, Paul, le berger et autres adorateurs, comme ceux de Bethléem. Aussi, l’enfant Jésus leur sourit, divinement appuyé sur le cou de sa mère. Oh ! il est beau, ce petit Jésus, délicat, gracieux, céleste ; je me charme à le regarder, tantôt de près, tantôt de loin, sous tous les points, sous tous les jours. Je ne crois pas que ce doive être exposé au clair d’un salon ; ces saintes figures sont faites pour le jour mystérieux d’une église. Le 12. — Oh ! la Vierge, la Vierge ! Elle est dans la salle, exposée sur le buffet ; toute la maison là : Jean, Jeannot, Paul, le berger et autres adorateurs, comme ceux de Bethléem. Aussi, l’enfant Jésus leur sourit, divinement appuyé sur le cou de sa mère. Oh ! il est beau, ce petit Jésus, délicat, gracieux, céleste ; je me charme à le regarder, tantôt de près, tantôt de loin, sous tous les points, sous tous les jours. Je ne crois pas que ce doive être exposé au clair d’un salon ; ces saintes figures sont faites pour le jour mystérieux d’une église.


Le 13. — Joie sur joie ; une autre lettre de Caroline : encore des tendresses, des amitiés sans fin à papa, à Éran, à Mimi, à tous ; une caisse de choses pour nous. Bonne, bonne, bonne sœur, que Dieu lui rende en bénédictions tout ce qu’elle fait pour nous, tout ce que je me sens au cœur pour elle ! Mon ami, comme je l’aimerai, cette charmante sœur, comme je l’aime ! que je voudrais la tenir dans mes bras !


Le 14. — Rien qu’un mot, parce que je suis fatiguée, qu’il me faut dormir, que je ne dormirais pas si j’écrivais ; et puis, corps et âme, tout est brisé. Des lettres de Caroline, de Louise, d’Irène, de Mimi. Le cœur plein. Bonsoir.


Le 15. — J’ai cru mourir cette nuit : un affaissement, un engourdissement, une palpitation de cœur sur le premier sommeil. Je me suis secouée, j’ai couru à la fenêtre, à l’air, à la fraîche nuit qui m’a remise. Cela m’a valu de jouir un moment du beau ciel, de ces belles étoiles que j’ai été au moment d’aller voir là-haut ; puis je suis rentrée dans mon lit avec de sérieuses pensées de mort, cette mort qui vient on ne sait à quelle heure. Tenons-nous prêts.