«Mon coeur est prêt: il brave le fer des assassins et celui des bourreaux.

«Ma mort serait le dernier crime de nos modernes décemvirs.

«Loin de la craindre, je la souhaite: bientôt le peuple éclairé par elle, se délivrerait enfin de leur horrible tyrannie.»

Incarcérés d'abord au palais du Luxembourg, Vergniaud et ses amis furent répartis entre les prisons ordinaires, après que la Convention les eut décrétés d'accusation, le 28 juillet 1793. Vergniaud fut transféré à la Force avec Valazé, et le 12 août, il écrivit à la Convention pour demander des juges. Cette fois, son ton est calme; il ne se plaint pas du décret d'accusation porté contre lui; il veut seulement parler à des juges et au peuple:

«Je veux enfin, dit-il, développer devant le peuple toute mon âme, toutes mes pensées, toutes mes actions. Son estime est tout pour moi. On a voulu me la ravir; peut-être a-t-on réussi. Eh bien, je veux la reconquérir, et j'ai dans ma conscience la certitude du succès.

«Si ensuite mes ennemis veulent ma vie, je la leur abandonnerai volontiers.

«Ils m'ont exclu de la Convention parce que mes opinions n'étaient pas toujours conformes aux leurs.

«Ils n'ont voulu gouverner que d'après leurs vues politiques.

«Qu'ils gouvernent! qu'ils assurent le triomphe de la liberté sur les despotes coalisés contre elle! qu'ils fassent le bonheur du peuple! qu'ils fassent fleurir la France par de sages lois!

«Je ne me vengerai du mal qu'ils m'ont fait qu'en proclamant moi-même le service qu'ils auront rendu à la patrie!»