Notre bâtiment était richement chargé ; les autorités espagnoles désiraient dès lors beaucoup le déclarer de bonne prise ; ils firent semblant de croire que j’en étais le propriétaire, et voulurent, pour brusquer les choses, m’interroger, même sans attendre la fin de la quarantaine. On tendit deux cordes entre le moulin et la plage, et un juge se plaça en face de moi. Comme l’interrogatoire se faisait de très-loin, le nombreux public qui nous entourait prenait une part directe aux questions et aux réponses. Je vais essayer de reproduire ce dialogue avec toute la fidélité possible :
« Qui êtes-vous ?
— Un pauvre marchand ambulant.
— D’où êtes-vous ?
— D’un pays où certainement vous n’avez jamais été.
— Enfin, quel est ce pays ? »
Je craignais de répondre, car les passeports, trempés dans le vinaigre, étaient dans les mains du juge instructeur, et j’avais oublié si j’étais de Schwekat ou de Leoben. Je répondis, enfin, à tout hasard :
« Je suis de Schwekat. »
Et cette indication se trouvait heureusement conforme à celle du passeport.
« Vous êtes de Schwekat comme moi me répondit le juge. Vous êtes espagnol, et même espagnol du royaume de Valence, comme je le vois à votre accent.