La digne nièce de François Arago, mariée aussi à un académicien, M. Laugier, fut une fille pleine de dévouement pour le grand savant, et devint ainsi la sœur de ses deux fils, Emmanuel et Alfred : le premier, orateur très-écouté du barreau de Paris et de nos assemblées politiques, où il représentait, avec son père et son oncle Étienne, les Pyrénées-Orientales ; le second, peintre d’avenir.

Marié à une femme remarquable par l’esprit et la grâce, François Arago eut le malheur de la perdre en 1829. Il semblait éviter ce souvenir cruel. Mais quand il en parlait, c’était d’une voix si émue, si attendrie, qu’on s’expliquait qu’il abordât le moins possible ce pénible sujet. « Ah ! mon ami, disait-il, un soir, à M. Quetelet, que je suis fâché que vous n’ayez pas connu ma femme ! c’était une femme exquise et à jamais regrettable. » Entraîné par la tristesse même du sujet, il parla pendant vingt minutes, et, disait M. Quetelet à la personne qui nous communique ce détail : « Je n’ai jamais entendu si bien parler, ni d’une façon si délicate et si touchante d’une grande affection perdue ; je m’étonnais de trouver ces trésors de tendresse, en quelque sorte féminine, dans un homme aussi fort. »

II

La révolution de 1830 éclate ; Arago s’associe à la lutte du peuple contre la monarchie. La science avait fait de Marmont son admirateur. Madame de ***, qui le savait, arrive à l’Observatoire, le 28 juillet, pendant la bataille de la rue.

— Vous seul êtes capable, dit-elle à Arago, de faire sortir le maréchal de la voie fatale où on l’a engagé ; il faut que vous alliez le voir.

— Moi aller aux Tuileries ! s’écrie le savant ; mais ce serait faire supposer au peuple, qui me verrait entrer ou sortir, que j’ai des relations secrètes avec Charles X !

Tout à coup il reprend :

— Je pars. Oui, je pars avec mon fils. En voyant que je tiens mon fils par la main, on ne supposera pas que je suis un traître. Un père ne donne pas des leçons de trahison à son enfant.

A peine cette réflexion si noble est-elle formulée, qu’Arago quitte l’Observatoire, et, traversant la fusillade, il se présente hardiment aux Tuileries dans le salon du maréchal, pour demander un terme aux luttes fratricides. Quand il parut au milieu des aides de camp et des officiers supérieurs qui prêtaient une oreille anxieuse aux mille rumeurs et aux coups de feu du dehors, sa haute taille, sa tête puissante, son œil de feu, produisirent une inexprimable agitation. On l’entoure, on le menace. Alors un officier polonais, M. Kamicrowski, aide de camp du maréchal, s’approche rapidement et lui dit : « Monsieur, si quelqu’un porte la main sur vous, je lui fais tomber le poignet d’un coup de sabre. »

Arago est conduit alors auprès du commandant de Paris. Mais avant qu’il eût ouvert la bouche, Marmont lui crie d’une voix brève et en étendant le bras :