« Comme historien de l’Académie, a-t-il dit sur sa tombe, M. Arago apportait dans cette sorte de sacerdoce si difficile et si redoutable, où il s’agit de pressentir le jugement de la postérité, une conscience d’études, une force d’investigation, un désir d’être complétement équitable, qui marquent à ses éloges un rang éminent. Dans ces écrits de l’éloquent secrétaire se retrouvent toutes les qualités de son esprit : une verve brillante, de la vigueur, de l’élan, un certain charme de bonhomie. »

Nous ajoutons que les notices biographiques d’Arago sont un grand enseignement pour les hommes qui veulent se vouer aux sciences.

Une des grandes préoccupations d’Arago, c’était de choisir de jeunes savants pour les pousser dans la carrière, et entretenir en eux le feu sacré. Un de ses grands bonheurs, c’était de faire valoir les découvertes nouvelles. Sa position de secrétaire de l’Académie lui permit de donner cours à tout son penchant. On ne saurait mieux dire quel charme il mettait à dépouiller la correspondance de l’illustre corps savant dont il était l’organe, que ne l’a fait encore M. Flourens :

« Dès qu’il parut, a-t-il dit, au poste de secrétaire perpétuel, une vie plus active sembla circuler dans l’Académie. Il savait, par une familiarité toujours pleine de séduction dans un homme supérieur, gagner la confiance et se concilier à propos les adhésions les plus vives ; ce don, cet art du succès, il le mit tout entier au service du corps dont il était devenu l’organe. Jamais l’action de l’Académie n’avait paru aussi puissante, et ne s’étendit plus loin. Les sciences semblèrent jeter un éclat inaccoutumé, et répandre avec plus d’abondance leurs bienfaisantes lumières sur toutes les forces productives de notre pays.

« A une pénétration sans égale se joignait, dans M. Arago, un talent d’analyse extraordinaire. L’exposition des travaux des autres semblait être un jeu pour son esprit. Dans ses fonctions de secrétaire, sa pensée rapide et facile, le tour spirituel, les expressions piquantes captivaient l’attention de ses confrères, qui, toujours étonnés de tant de facultés heureuses, l’écoutaient avec un plaisir mêlé d’admiration.

« Lorsque les progrès de la maladie lui eurent fait perdre la vue, toutes les ressources du génie si net et si vaste de M. Arago se dévoilèrent pour qui siégeait à côté de lui. De nombreux travaux sur les sujets les plus compliqués et les plus ardus, après une seule lecture entendue la veille, se retraçaient, à la plus simple indication, dans une mémoire infaillible, avec ordre, avec suite ; et tout cela se faisait naturellement, aisément, sans aucune préoccupation visible. La facilité de la reproduction en dérobait la merveille. »

Dans les notices scientifiques dont Arago a enrichi l’Annuaire du Bureau des longitudes depuis 1824, on retrouve les mêmes qualités que dans les explications verbales que donnait le professeur, l’orateur, ou le secrétaire de l’Académie. On ne peut mieux faire l’éloge de ces notices, écrites pour les gens qui ne savent pas, qu’en disant avec M. Combes, président de l’Académie, « qu’elles seront toujours relues avec le même plaisir par les savants et par les gens du monde. On y trouve une admirable clarté jointe à une érudition aussi sûre que vaste, à la plus rigoureuse exactitude dans l’exposé des phénomènes et des conséquences qui en découlent. »

Parlerons-nous maintenant de l’homme de génie, de l’inventeur, de l’intelligence la plus pleine d’initiative que nous ayons connue ? Trois découvertes surtout ont immortalisé son nom. Chose bien rare, elles ont toutes trois conduit à des résultats pratiques considérables.

C’est à Arago qu’appartient la découverte de la polarisation chromatique, ou des couleurs que fournit un rayon de lumière déjà polarisé, c’est-à-dire influencé soit par sa réflexion sur les corps miroitants, soit par son passage à travers des corps transparents, lorsqu’il vient à traverser des lames minces. Sur ce fait, Arago a fondé le polariscope, instrument avec lequel il a étudié la constitution de l’atmosphère terrestre, et sondé les mystères qui nous cachaient la construction du soleil. Dans ce même fait, on a trouvé le principe du saccharimètre, à l’aide duquel on étudie la richesse du jus de la betterave et de la canne à sucre.

Arago a trouvé le premier que l’électricité peut aimanter le fer et l’acier ; c’est l’origine de la télégraphie électrique.