Plus haut encor que Pindare et qu'Horace,

J'appenderois à ta divinité;

Muret fait cette remarque:

«J'appenderois, pour j'appenderoi. La lettre s y est ajoutée à cause de la voyelle qui s'ensuit.»

Et Ronsard lui-même dans son Art poétique:

«Tu pourras avec licence user de la seconde personne pour la première[27], pourvu que la personne finisse par une voyelle ou diphthongue, et que le mot suivant s'y commence, afin d'éviter un mauvais son qui te pourroit offenser; comme, j'allois à Tours, pour dire j'alloi à Tours; je parlois à madame, pour je parloi à madame, et mille autres semblables[28]

[27] Non pas de la seconde personne pour la première, mais de l'orthographe de cette seconde personne.

[28] Voyez, à une époque où la pédanterie égarait le jugement et émoussait la délicatesse de l'oreille, voyez combien se montre vivace cet instinct natif de fuir l'hiatus chez des poëtes qui l'avaient érigé en droit, et en usaient habituellement sans scrupule.

Dans ce poste où elle s'était glissée à la faveur de l'euphonie, l's rendit de si bons services, que son usurpation est aujourd'hui consacrée et convertie en droit légitime. Il n'en est pas moins vrai que quand Molière et la Fontaine écrivent je di, je croi, je voi, je reçoi, ils usent d'une forme ancienne, et ne se permettent pas de supprimer l's pour le besoin de la rime, comme leurs commentateurs ne manquent pas de l'affirmer.

Tel passage d'un poëme présente à vos yeux un hiatus où il n'y en avait pas. Pourquoi? Parce qu'il se glissait entre les deux mots une consonne euphonique. Le scribe ne l'a pas notée, comptant sur l'intelligence du lecteur et sur l'habitude. Ainsi, dans cette description d'un charivari donné à un nouveau marié le soir de ses noces: