(Des deux chevaux)
Au XVIe siècle, nous retrouvons tous ces mots resserrés d'une syllabe; la synérèse est consommée, la diphthongue existe. On écrit ouvrir, ombreux, orner, etc. Si quelquefois on veut bien encore figurer l'a sur le papier, c'est pure complaisance:—«Nous l'escrivons encore en saoler, aorner, là où il n'est nulle mémoire de l'a en la prononciation.» (Meygret, de l'Escriture françoise.)
Ou bien nous rencontrons dès cette époque les inconséquences dont fourmille notre langue actuelle.—«Nous prononçons pan et fan, dit Théodore de Bèze; mais pour le verbe faonner, la diphthongue ao subsiste dans la prononciation comme dans l'écriture.» (De Ling. fr. rect. pron., p. 43.)
L'Académie, aujourd'hui, prescrit de dire fan et fanner; quelque grammairien y trouvera l'inconvénient d'une équivoque avec faner un pré.
A quelle époque commença-t-on de prononcer comme nous faisons aujourd'hui les mots paon, aoust, etc.? Ce doit être vers la fin du XVe siècle. Voici ma raison: dans les Chroniques de Normandie, on lit que Richard sans Peur rencontra la nuit, dans une forêt, une étrange assemblée de gens établis sur un grand drap; c'était la Mesnie Hellequin. Richard saute sur le tapis, questionne le chef: Nous allons en Palestine combattre les Sarrasins et âmes damnées, pour notre pénitence faire.—Il y veut aller aussi. On part sur le tapis volant, comme dans les Mille et une Nuits. Au bout d'un temps, Richard entend une clochette: Qu'est cela?—C'est matines qui sonnent à Sainte-Catherine du mont Sinaï. Richard, comme dévot, veut descendre pour assister aux matines; le roi de la Mesnie lui donne à tenir un pan du tapis:
«Lors le roi dist au duc Richard: Tenez ce paon de drap, et ne laissez point que vous ne soyez dessus; et allez à l'esglise prier pour nous, et puis au retourner nous vous revendrons querir. Lors vint le duc Richard atout son paon de drap, et entra dans l'esglise de Sainte-Katherine du mont Sinaï, etc.» (Chap. VII, feuille signée Eiii.)
On voit, par l'orthographe de ce texte, que dès lors la prononciation confondait le paon, oiseau, avec un pan de drap. Or, l'impression de ces chroniques est datée de Rouen, le quatorzième jour de mai 1487.
EI.
La mesure démontre qu'il faut prononcer ei par diérèse dans une foule de cas.
Le prétérit de facio, feci, était traduit par je feis, fé-is, en deux syllabes: