Passons à la seconde manière de modifier l'e par l'apposition de l'i, en cette sorte, ei-è. Nous l'avons conservée dans treize, seize.

On terminait aussi par cet ei les adjectifs, les participes passés, comme rachatei, suplantei; et les substantifs féminins, comme virginitei, nativitei, veritei, santei, etc.

Fallot dit que c'est une forme normande. Il est vrai que Wace et Marie de France l'emploient constamment, et que les Normands prononcent encore ces finales très-ouvertes: véritai, virginitai, achetai. Cependant c'est aussi l'orthographe habituelle du livre des Rois et des sermons de Saint Bernard, que Fallot classe, au moins le saint Bernard, parmi les textes bourguignons les plus purs:

—«Chier freire, il vient del cuer de Deu lo Peire el ventre de la Virgine sa meire… (S. Bernard, p. 525.)—Ses orgoyl ne rezoit nul remeide de penitence. (P. 524.)—Ancor devoit estre rachateiz… Por ceu ke li malices d'altrui l'avoit supplanteit… Mais veigne la veriteiz, et cele me deliverrat.» (S. Bernard, p. 524.)

Le cordelier frère Denise dit à la jeune pénitente qu'il veut rendre cordelier aussi, en la faisant passer pour homme:

Se de voir poole savoir

Qu'en nostre ordre entrer vousissiez,

Et que sans fauceir peussiez

Gardeir vostre virginitei,

Sachiez de fine veritei