(Ibid., 863.)
AMISTIE sonnait pareillement amité, et non amitié:
Je n'ai el mont, sire, plus d'amisté.
Li rois l'oï, s'a un sospir geté.
(Aubri li Borguinon, v. 135.)
Naymon, dist ele, je vos doing m'amisté;
Pren cet anel de fin or esmeré.
(Agolant, v. 1316.)
Ce ne sont pas là des accidents dus au besoin de la rime; dans ces trois poëmes et dans plusieurs autres, il est rare de rencontrer jamais autrement qu'amisté, pité. Le scribe avait apparemment adopté cette forme, qui lui paraissait plus rapprochée de la prononciation; et cette circonstance indique une transcription relativement récente, puisqu'à cette époque on abandonnait déjà la notation ie pour y substituer l'e simple. Quelques pas de plus, et l'on jettera sur cet e l'accent aigu, é; et la forme primitive aura pour jamais disparu, sera si complétement oubliée, que si quelqu'un tente d'en réveiller le souvenir, cette idée passera pour une chimère philologique.
Ainsi vous voyez qu'une seule classe de substantifs dans la langue ancienne, les substantifs en ie (é) en a fourni deux à la langue moderne: les substantifs en é et ceux en ié. En échange d'un accent aigu, congie, pechie ont cédé leur i, et l'on a oublié de reprendre cet i à pitié, amitié. Les premiers ont revêtu l'orthographe moderne pour garder la prononciation ancienne; les seconds, en cumulant les deux orthographes, y ont gagné une prononciation nouvelle.