(Le Dit de Fortune.)

Le système d'orthographe de nos pères était plus favorable que le nôtre au maintien de l'étymologie et de la prononciation. Nos mots, amaigris de jour en jour, compromettent l'une et l'autre.

Cependant ce système n'était pas sans quelque inconvénient. J'y ai trouvé celui de faire servir quelquefois la même notation à deux usages, et de confondre dans un cas donné l'adjectif féminin avec un masculin. Par exemple, lie, de lætus, sonnait également et lie, comme aujourd'hui. Le fait paraît incontestable. Dans cette même Court de Paradis, où j'ai puisé des exemples de lie sonnant , lie rime à la vierge Marie, et à blesmie (blâmée):

Es flans de la virge Marie

Qui pour lui fu dolante et lie.

(V. 13.)

Que peu ne grant ne fu blesmie

De ce fu moult joians et lie.

(V. 21.)

Peut-être sont-ce là des licences pour la rime, car ailleurs on lit liee et lee. Mais dans tous les cas, je ne doute point que ces groupes de voyelles destinées d'abord uniquement à modifier l'inflexion et au rôle de l'accent moderne, n'aient amené la multiplication des diphthongues. Oi a sonné d'abord par diérèse o-i, puis o ouvert, puis oué, puis enfin oi, comme dans poix, François. Ainsi des autres.