De leur côté, les modernes, complétement étrangers aux conventions de l'ancienne orthographe, défigurent le langage de nos pères, en saupoudrant d'accents arbitraires les textes qu'ils publient. C'est une véritable manie, et je ne vois point d'éditeur qui ait eu la sagesse de s'en garantir, et de se borner à reproduire les manuscrits. Je plains ceux qui travailleront un jour sur des textes si étrangement falsifiés. Ils devront croire que des œufs, des bœufs, se sont appelés autrefois des oés, des boés ou des boès; ils sueront à deviner comment de huèses (des bottes) on a pu faire le diminutif houseaux, de enfant, enfès; comment on a pu dire pour neuve et deux, noès, doès; pour des queues (cues), des cuès. Un ancien poëte, dont le nom est assez connu pour avoir été un des plus répétés dans ces derniers temps, s'appelait Adam ou Adanes, qui s'écrit, suivant l'orthographe du moyen âge, Adenes par un e, comme Caen, Rouen, Agen, etc… On a transformé cet Adanes en une espèce d'espagnol du beau nom d'Adenès. Si Adanes revenait au monde, il entendrait longtemps parler d'Adenès avant de soupçonner que c'est de lui qu'il s'agit.

J'ouvre le livre des Mestiers d'Estienne Boileve, et je lis au chapitre des Mesureus de blé:

«Nus mesurères ne puet…—Ailleurs: Li vendères…—Nus garnisères ne puet…—Cil qui est tannères, se il est tannnères decaupères…—Viès, vièses, etc., etc.» Évidemment il faut lire: Nus mesureux,—li vendeux,—nus garniseux,—cil qui est tanneux, se il est tanneux décaupeures;—vieux, vieuses, etc.

Au chapitre des Oubliers, il est dit que nul ne pourra être admis dans ce corps, s'il ne fait au moins «un mil de nièles le jour.» Il ne s'agit pas de nièles, mais de nieules.

On disait nieules comme on disait saint Gabrieus et saint Andrieu:

Et Gabrieus et seraphins

Qui les cuers ont loiaus et fins.

(La Court de Paradis.)

Saint Gabrieus a repondu.