Ces deux textes, Job et saint Bernard, ne manquent jamais cette forme complète, qui ne se rencontre pas dans le livre des Rois. Celui-ci écrit partout se giseit, se dormeit, dans la forme moderne; est-ce à dire que le livre des Rois soit d'une rédaction postérieure à celle des deux autres, ou que, du temps de l'auteur, la forme syncopée de l'imparfait fût déjà en usage? Je ne le pense pas; la différence vient sans doute des copistes, dont les uns auront marqué le v euphonique, l'autre au contraire l'aura négligé partout, laissant à ses lecteurs à le suppléer. Nous voyons par là clairement comment on a été amené à la forme contracte. Effectivement, levevait, avevait, poursuivevait, choquaient trop l'euphonie pour être longtemps maintenus: on les contracta promptement en avait, levait, poursuivait. Mais il est précieux d'avoir la certitude qu'ils ont existé sous la forme complète.
PRÉTÉRITS.—Nos pères écrivaient avec une s la troisième personne du singulier du parfait de l'indicatif: il dist, il fist. Cette s témoigne d'une contraction, comme si l'on avait dit: il disit, il fesit.
Au XVIe siècle, cette s fut réservée comme caractéristique à l'imparfait du subjonctif: je voudrais qu'il aimast, fist, dist. Nous l'avons totalement abolie au prétérit, et remplacée à l'imparfait du subjonctif présent par l'accent circonflexe.
FUTURS.—Le futur de nos verbes a été formé d'après la terminaison du futur latin ero. On ajustait cette terminaison française erai, sans s'inquiéter si l'infinitif était en er, comme aimer, ou en re, comme mettre; tous deux faisaient j'aimerai, je metterai.
ESTRE, j'esserai; AVOIR, j'averai, puis, par syncope, j'aurai ou j'arai; RECEVOIR, je receverai, par syncope recevrai; APPERCEVOIR, j'apperceverai, j'appercevrai; VALOIR, je vauderai, vaudrai; AIMER, j'aimerai; LOUER, je louerai, ou je lourai, pour la facilité de la versification.
Le portefaix jetant dans la rivière le second bossu, qu'il croit avoir déjà noyé tout à l'heure:
Va-t'en, dit il, au vif Maufé[60].
Tant t'averai hui apporté!…