Arrêtons-nous un moment à cette question, qui en vaut la peine; car si cette étude du vieux langage offre quelque utilité pratique, c'est par les rapprochements et les comparaisons avec la langue moderne.

On met de nos jours une affectation extraordinaire à détacher toutes les consonnes, surtout les finales; on orthographie en parlant. On dira, par exemple: Toujours zinjustes zenvers zelle,—un discours zinstructif,—que vous êtes zaimable!—l'art tantique,—j'ai froid taux mains,—un pied tà terre,—à tort tet à travers, etc., etc.; prononciation affreuse! Ménage avertit qu'on doit prononcer pié à terre: «C'est comme parlent les honnêtes gens,» Il veut qu'on écrive sans t, à tor et à travers, en quoi il n'a pas raison; mais du moins nous fait-il par là connaître le bon usage de son temps. Soyez sûr qu'on doit dire discour instructif, l'ar antique, enver elle. Quel est le but de la consonne finale? faciliter la liaison sur le mot suivant. Une seule consonne y suffit; en sonner deux, c'est blesser l'esprit de la loi par une observation exagérée de la lettre.

Je poserais donc cette règle générale, que, dans les mots au singulier terminés par deux consonnes, c'est par l'avant-dernière que la liaison s'effectue. La dernière est muette.

Au contraire, dans les pluriels, c'est la dernière qui prévaut.

Je tiens que voilà le principe, mais je ne nie pas que l'usage ne nous contraigne à recevoir de fâcheuses exceptions. Il faut bien se résoudre à prononcer:

Boileau, correcque tauteur de quelques bons écrits,

en sonnant le c et le t de correct. Talma disait de même, dans l'École des Vieillards:

Maudit respecque thumain, qui m'oblige à me taire!

C'était une faute, car l'usage veut respè khumain.—Mais pourquoi l'usage ne souffrirait-il pas aussi corrè kauteur?

Quelques inconséquences de ce genre ne doivent pas empêcher la règle d'être admise.