La liaison la plus douce et la plus coulante est assurément celle qui se pratique sur une liquide; aussi, nos pères disaient-ils: Un fil ingrat, comme: Une mor affreuse. Rien de plus logique. Je ne crois pas possible de revenir sur les droits prescrits de l'l pénultième, de remettre en vigueur l'ancienne prononciation, maintenue du temps de Th. de Bèze, il ont, il auraient, au pluriel. Seulement, il faudrait gagner de dire comme les paysans: Is ont, is auraient, au lieu de ile zont, ile zauraient. Sonner séparément l'l et l's, c'est trop de moitié. Si l'on estime cette articulation raisonnable, que ne dit-on également un file zingrat? Nous disons par bonheur encore, fiz ingrat, en ne sonnant qu'une consonne.

Les droits de l'r pénultième pourraient encore être sauvés: l'usage, qui repousse comme ridicule fil ingrat, n'est pas si contraire à mor affreuse, discour écrit, vos malheur et les miens, etc. On prononce, au Théâtre-Français:

Le dirai-je? vos yeux, de larmes moins trempés,

A pleurer vos malheurs zétaient moins occupés.

(Iphigénie, act. II, sc. 1.)

Me laisse dans les fers zà moi-même inconnue.

(Ibid., act. II, sc. 7.)

J'aurais eu des remords z'en accusant Zopire.

(Mahomet, act. III, sc. 1.)

C'est horrible! Cette liaison par-dessus l'hémistiche, qui de plus introduit un e muet aux dépens de la mesure, déchire les oreilles. Il est clair qu'il faudrait dire: