S'il vous parle et s'il vous respont,
Prenez sur moi dix livreS adonc.
(Barb., III, p. 119.)
Ces exemples, qu'on pourrait accumuler en très-grand nombre, prouvent qu'on ne tenait pas toujours compte de l's du pluriel; mais observez que cette licence se rencontre surtout dans les fabliaux, dont la poésie devait être plus rapprochée du langage familier. Dans la chanson de Roland, dans le style épique, la règle est d'habitude plus sévère, quoique le poëte ne s'interdise pas absolument le bénéfice de cette faculté. Voici un passage où l'on verra les deux pratiques réunies. C'est dans la description de l'horrible tempête qui éclate pendant la bataille de Roncevaux:
Orez i ad de tuneire et de vent,
PluieS e gresils demesureement;
Chiedent li fuldres e menut e suvent,
E terremoete ço i ad veirement.
Cuntre midi tenebreS i ad granz:
Ni a clarted se le cels ne s'i fent.