O ciel! Œnone est môte, et Phèdre veut mouri!
Qu'on appelle mon fi, qu'i vienne se défendre.
Non, je ne l'aurai point amenée au supplice,
Ou vous ferez aux Grais un double sacrifice.
Supposons qu'à votre tour vous récitez à cet homme ressuscité du moyen âge des vers du Roland ou du Garin, en les accommodant à la prononciation moderne. Il se récriera, il vous traitera de barbare, d'homme sans oreille ni goût. Et si vous lui soutenez que ces épithètes ne sont dues qu'à lui et à ses contemporains, il entrera dans une juste colère: Osez-vous bien vous faire juges de l'harmonie, vous qui ne soupçonnez ni la prononciation du français, ni les rapports de notre écriture à notre prononciation? Je vous trouve bien insolents de nous condamner ainsi, et d'imaginer que le ciel a mis en vous les premiers la sensibilité de l'ouïe, comme si jusqu'à vous le Créateur n'eût pas encore perfectionné la machine humaine! Apprenez que l'homme est sorti parfait des mains de Dieu, et que s'il est parvenu à modifier son organisation en quelque chose, c'est à son détriment, non à son profit. Vous vous croyez améliorés! dites donc empirés. Du temps de Rutebeuf, d'Adenes, de Raimbert, de Paris, aurions-nous jamais supporté ces vers faux, ces fausses rimes, toutes ces cacophonies abominables qui pleuvent à verse dans vos poëtes les plus vantés, et font s'extasier vos académies? Non, jamais. Vous parlez d'hiatus. Quelle hardiesse à vous, quelle impudence de prononcer ce mot! Où rencontrer un amas d'hiatus plus choquants que dans votre Molière, votre Boileau, votre Corneille, votre la Fontaine et votre Racine? J'en rougis pour vous et pour la langue française:
. . . . . . . . . . . . . Ce héros expiré
N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré…
Où courez-vous ainsi, tout pâle et hors d'haleine?…
(Racine.)
Jeune et vaillant héros, dont la haute sagesse…