A ce discours du ressuscité, je ne vois pas trop ce qu'il y aurait à répondre.

CHAPITRE II.

Du patois des paysans de comédie.

Les poëtes comiques, Molière, Regnard, Dufresny, Dancourt, mettent dans la bouche de leurs paysans un patois qu'on n'entend plus guère qu'au théâtre. Ce n'est pas du tout, comme on serait tenté de le croire, un langage de convention, inventé pour différencier sur la scène l'homme bien élevé de l'homme rustique et sans éducation; c'est le véritable langage d'autrefois, qui était dans l'origine celui de tout le monde, qui s'est trouvé ensuite le langage des classes inférieures, parce que celui des hautes classes s'était modifié, et qui, aujourd'hui, est presque effacé même parmi le peuple, parce que le peuple finit toujours par subir plus ou moins l'influence de la classe supérieure. Il résiste longtemps; il ne cède que lentement et comme à regret; mais enfin le contact journalier, l'instinct d'imitation de ce qui paraît meilleur, produisent leur effet, et gagnent quelque chose sur l'habitude et sur la fidélité aux traditions. Pour son langage comme pour son costume, le peuple ne court pas à la mode; il y vient le dernier. Mais la mode une fois adoptée, il ne s'en veut plus séparer. Nous ne huons aujourd'hui sur les épaules du peuple que les parures de nos grands-pères.

Examinons, pour nous en convaincre, quelques traits de ce patois consacré au théâtre.

Un des plus caractéristiques est l'alliance d'un verbe au pluriel avec un pronom personnel au singulier: Je sommes pour être mariés ensemble, dit Pierrot à Charlotte (D. Juan); et Martine:

Ce n'est point à la femme à prescrire, et je sommes

Pour céder le dessus en toute chose aux hommes!

C'est ainsi qu'on parlait à la cour de Henri III. Henri Estienne note ce solécisme comme éclos au Louvre de son temps:

Pensez à vous, ô courtisans,