Qui, lourdement barbarisants,
Toujours j'allions, je venions, dites…
«Ce sont les mieux parlants qui prononcent ainsi: J'allons, je venons, je disnons, je soupons.»
(Du Langage français italianisé.)
Mais Henri Estienne se trompe, au moins quant aux dates. Dans sa haine contre Catherine de Médicis, haine où il entre beaucoup de fiel religionnaire, comme de protestant à catholique ultramontain et ligueur, Henri Estienne impute à la cour de Henri III tout ce qu'il peut lui imputer, juste ou non; il fait arme de tout. Pour le dire en passant, c'est là ce qui gâte ses Dialogues du langage françois italianisé, et commande de ne s'y fier qu'avec grande réserve; car l'auteur, s'il n'est de mauvaise foi, est mal instruit. Il va jusqu'à prétendre que François Ier ne pouvait souffrir les courtisans qui italianisaient. Mais au contraire: cette manie d'italianisme, que Henri Estienne fait naître sous Henri III, remonte à François Ier. On en rencontre la trace dans tous les écrits du temps, dans Marot, dans la reine de Navarre, dans les correspondances des grands personnages; et, pour ne la point voir, il faut tout le parti pris de Henri Estienne. Le roi, bien loin de s'en plaindre, était le premier à en donner l'exemple. Toutes les fautes signalées avec tant d'amertume par Henri Estienne, non-seulement François Ier les commettait en parlant, mais il les écrivait même. La substitution de l'a à l'e, de la diphthongue ou à l'o simple:
N'estes vous pas de bien grans fous
De dire chouse au lieu de chose à
De dire j'ouse au lieu de j'ose?
Et pour trois mois, dire troas moas;
Pour je fay, vay, je foas, je voas?