En la fin vous direz la guarre,

Place Maubart, frère Piarre!

(Henri Estienne, Du lang. fr. ital.)

Or, prenez la lettre de François Ier à M. de Montmorency, rapportée à la suite des lettres de sa sœur Marguerite[80], vous y lirez:

[80] Lettres de la Reine de Navarre, tom. I, pag. 467.

«Le cerf nous a menés jusqu'au tartre de Dumigny… J'avons esperance qu'y fera beau temps, veu ce que disent les estoiles, que j'avons eu le loysir de voir… Perot s'en est fouy, qui ne s'est ousé trouver devant moy…»

Ne voilà-t-il pas de quoi autoriser le langage de Martine, de Charlotte et de Piarrot:—«Par ma fi, Piarrot, il faut que j'aille voir un peu ça.—Tu dis, Piarrot?…—Je me romps le cou à t'aller dénicher des marles… etc.»

Nous commettons tous les jours cette faute de joindre un pluriel avec un singulier, et personne n'y prend garde, tant l'habitude excuse toutes choses. La seule différence est que nous avons retourné le solécisme de François Ier: c'est aujourd'hui le pronom que nous mettons au pluriel, avec le verbe au singulier. Le sentiment de la dignité personnelle est dans ces derniers temps monté si haut, que personne ne parle plus de soi qu'en disant avec emphase, nous, comme le roi. C'est une manière d'éviter le je, qui est, dit-on, odieux; ce nous solennel jusqu'au ridicule est-il plus modeste? Mais comme il faut que la grammaire retrouve toujours son compte, et qu'en définitive nous ne sommes qu'un, on laisse le participe au singulier. «Dans ce drame que nous donnons au public, nous nous sommes efforcénous nous sommes affranchi[81]…»

[81] Une autre formule de modestie raffinée consiste à parler de soi constamment à la troisième personne. Cela déguise et dissimule tout à fait la première:—«Celui qui écrit ces lignes… l'auteur de ce drame ne serait pas digne de suivre de si grands exemples: IL se taira, LUI, devant la critique… IL sent combien IL est peu de chose, LUI… IL se sait responsable, et ne veut pas que la foule puisse lui demander compte un jour de ce qu'IL lui aura enseigné… IL fera toujours apparaître volontiers le cercueil dans la salle du banquet…» Dans toutes ces phrases, le je serait choquant; il et lui passent inaperçus.

Les poëtes comiques ne se bornent pas à marier le singulier et le pluriel, ainsi qu'on faisait dans la docte cour du Père des lettres; ils donnent à cette première personne du pluriel une forme qu'elle n'a plus. Au lieu de Nous avons, aurions, dirons, c'est Nous avommes, auriomes, dirommes.