Évidemment, il faut prononcer parouesse.
Ouvrez le traité latin de Baïf, De re restiaria, imprimé en 1535, chez Robert Estienne; l'auteur traduit souvent en français le nom des objets dont il parle. Vous lisez là, ung voéle, ung mirouer, une boëtte, une coëffe, un boësseau, qu'on écrit aujourd'hui boîte, coiffe, boisseau, et qu'on prononçait alors bouéte, couéfe, bouésseau.
Marguerite, sœur de François Ier, reine de Navarre, fait rimer sans difficulté étoiles avec demoiselles:
Allez où sont dames et damoyselles
Comme un soleil au milieu des estoiles.
(La Coche, p. 316 du t. II des Marguerites.)
On prononçait étouéles.
Jacques Pelletier, du Mans, avait inventé un système complet d'orthographe, afin, disait-il, de conformer l'écriture à la prononciation. C'est peut-être le premier de nos grammairiens qui se soit mis en tête cette imagination malheureuse, si souvent reproduite depuis. C'est dommage, car Jacques Pelletier était un homme de mérite, fort bien venu de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, à laquelle il devait dédier son Traité de l'orthographe et de la prononciation. Mais Marguerite étant morte dans l'automne de 1549, un peu avant la publication du livre, Pelletier le dédia à Jeanne d'Albret, fille de la défunte. On a aussi de Pelletier un Art poétique en prose et des Opuscules en vers, où l'on rencontre de très-jolies choses; mais la lecture en est difficile et désagréable, parce que l'auteur a voulu donner le bon exemple, en employant le premier sa nouvelle et bizarre orthographe, exemple qui resta sans imitateurs. Aujourd'hui les livres de Pelletier ont le mérite de nous révéler bien des secrets de la prononciation du XVIe siècle; par exemple, ils nous donnent la certitude que oi sonnait oué.
DE DAMOÉSELLE LOUISE D'ANCÉZUNE AN AVIGNON.
ODE.